17- JE CROIS
Par TUESDAY LOBSANG RAMPA
190 P. Paris : Éditions J'ai lu, 1979, 1986, ©1977. ©1976*
{N° 1923, A366}
© T. Lobsang Rampa, 1976
Pour la traduction française:
Ed. Internationales Alain Stanké, Ottawa - Canada 1977
©1976-> En anglais -> « I believe »
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Suicide
Mort, (Pages 28...).
Suicide, (Pages 30...).
Transition pour la Conscience, (Pages 32...).
Aide astrale et Supervision, (Pages 34...).
Conséquence du suicide, (Pages 43...).
Obligation de se réincarner rapidement, (Pages 55...).
Purgatoire, (Pages 55...).
Reprendre sa vie, (Pages 59...).
Hall des Souvenirs, (Pages 63...).
Réparation...(Pages 73...).
Destinée, (Pages 73...).
Choisir son incarnation, ses parents, sa situation; (Pages 76...).
Temps restant de vie, (Pages 82...).
Naissance,(Pages 87...).
Nouvelle mort pour LUI, ou (Pages 123...).
(Nouvelle Désincarnation). (Pages 123 à 124).
Renaissance Astrale, (Pages 124 à 125).
Conclusion.(Page 125).
Histoire
ancienne.(Pages 129 à
132).
Preuves.(Pages 133 à 134).Cycle.(Pages 139 à 141).
Histoire
de :(Pages 142 à 158).
- Virus, (Pages 142...).Propos sur le Féminat. (Pages 159 à 162).
- Fourmi, (Pages 145...).
- Souris, (Pages 147...).
- Hommes, (Pages 150.).
- Cycles(Pages 153 ...),
- Dieu/Dieux->Manus(Pages 155 ...),
- Religion(Pages 157...),
- femmes du M.L.F. (Pages 169 à 173).
- RELIGION(Pages 173 à 175).
Photographie
de l'Aura, prévention, guérison. (Page 180).
Contraception.
(Page
183).
Douleur.
(Page
183).
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- Algernon, mon garçon, tu dois apprendre les réalités de la vie et les découvrir avec quelques-unes des servantes que nous avons ici; tu verras qu'elles seront très utiles pour certains petits jeux; mais fais en sorte de ne pas prendre les choses au sérieux. Ces classes inférieures sont là pour notre commodité. Tu seras de cet avis.
« Oui, pensa-t-il, même la gouvernante avait eu un petit sourire particulier, le jour où l'on avait engagé une jeune servante spécialement accorte. Elle lui avait dit :
» Vous serez tout à fait en sécurité ici, ma fille, le maître ne vous importunera pas; il est comme un de ces chevaux dans le pré vous savez qui ont subi des soins spéciaux. Je vous répète que vous n'avez rien à craindre. »
Et la gouvernante s'en était allée avec un petit ricanement espiègle.
Algernon revit sa vie dans les moindres détails. L'ébranlement qu'avait causé la balle quand il l'avait reçue, et les vomissements qui avaient suivi. Et il entendait encore le rire rauque du vieux fermier boer s'écriant :
Plus de filles pour toi, mon gars. Ce n'est pas toi qui assureras la descendance. Tu seras comme un de ces eunuques dont tu as dû entendre parler.
Algernon se sentit rougir au souvenir de cette honte et il se rappela le plan à long terme qu'il avait conçu celui de se suicider après avoir décidé qu'il ne pouvait continuer à vivre dans de si étranges conditions; il avait trouvé intolérables les allusions du vicaire, un jour où, venu lui rendre visite, il lui avait parlé de son accident ajoutant combien il était heureux d'avoir un jeune homme sûr et digne de confiance pour l'aider dans les réunions des paroissiennes et aux sessions d'ouvrages pour les uvres.
Le vicaire avait ajouté :
Nous ne saurions être trop prudents, car nous ne pouvons pas risquer de ruiner le bon renom de notre église. Vous ne pensez pas?
Ensuite, il y avait eu le docteur, le vieux docteur de famille, Davis Mortimer, qui avait l'habitude de venir le soir, montant son vieux cheval Wellington.
Nous prenions un verre de bon vin tous les deux, mais le plaisir s'évanouissait dès qu'il disait :
Ah, Algernon, je crois qu'il faut que je vous examine. Vous le savez... il importe de s'assurer que vous ne développez pas de caractéristiques féminines il faut veiller par exemple, et très sérieusement, à ce que le poil de votre visage ne tombe pas, car vous pourriez avoir des seins comme ceux d'une femme. Il importe surtout d'observer tout changement pouvant survenir dans le timbre de votre voix, car la chimie de votre corps s'est modifiée depuis que vous avez perdu certaines glandes.
Le docteur l'avait alors regardé de façon cocasse, pour voir comment il « encaissait » la chose, puis il avait enchaîné en disant :
Maintenant, je prendrais bien un autre verre. Vous avez là un excellent vin et votre père s'y connaissait en luxes de toutes sortes et spécialement ceux d'une certaine qualité!
Le pauvre Algernon en avait eu plus que son compte, le jour où il avait entendu le maître d'hôtel dire à la gouvernante :
Une chose terrible, vous savez, que celle qui est arrivée à sir Algernon un jeune homme viril et si plein de vie, un tel honneur pour sa famille. Avant que vous ne soyez ici, et avant qu'il ne parte pour la guerre, il était de toutes les chasses à courre et il était la coqueluche des matrones de la région. Invité dans toutes les soirées, on le considérait comme un gendre très souhaitable, et la mère de toute jeune fille débutant dans le monde avait les yeux sur lui. Mais, à présent, les mères de famille n'ont plus pour lui que commisération et elles savent que leurs filles n'ont plus besoin de chaperon quand elles se trouvent en sa compagnie. Un jeune homme inoffensif, très inoffensif, en vérité.
« Oui, pensa Algernon. C'est bien vrai. Je me demande ce qu'ils auraient fait à ma place, gisant, tout sanglant, sur le champ de bataille; puis le chirurgien venant à moi, découpant mon pantalon, et armé d'un couteau pointu amputant les restes de ce qui me différenciait d'une femme. Oh! Quelle agonie ce fut. Il existe maintenant cette drogue qu'on appelle chloroforme et qui supprime la douleur au cours des opérations; mais, sur le champ de bataille, il n'y avait rien que le couteau et ce qu'on vous plaçait entre les dents afin de vous éviter de crier. Et ensuite la honte de la chose, la honte d'être privé là en cet endroit. »
Le soupir de ses subordonnés avec leur air embarrassé et faisant des plaisanteries égrillardes dans son dos.
« Oui, la honte de toute cette aventure. Le dernier descendant d'une très ancienne famille les de Bonkers venus avec l'invasion normande et qui avaient choisi de se fixer dans cette région de l'Angleterre, y bâtissant un grand manoir et y installant des fermiers. Maintenant, lui, le dernier de la lignée, rendu impuissant en servant son pays, impuissant et ridicule aux yeux de ses pairs. Et qu'y a-t-il de risible dans un homme mutilé au service des autres? Pour s'être battu pour son pays, la famille allait s'éteindre. »
Algernon gisait toujours, ni dans l'air ni sur le sol. Il était incapable de décider où il se trouvait et ce qu'il était. Comme un poisson fraîchement jeté hors de l'eau. Il se dit alors : « Suis-je mort? Qu'est-ce que la mort? Je me suis vu mort, alors comment suis-je ici? »
- « JE CROIS
», par TUESDAY LOBSANG RAMPA, 190
P. Paris : Éditions J'ai lu, 1979, ©1977.
{A366}, ISBN : 2-277-51366-0. Mort (pages
30 ...)
Ses pensées revinrent inévitablement aux événements survenus depuis son retour en Angleterre. Il se revit marchant avec une certaine difficulté, notant soigneusement les réactions de ses voisins, de sa famille et de ses domestiques. Puis l'idée avait germé en lui de se tuer, de mettre fin à une vie inutile. Un jour, décidé à mettre son projet à exécution, il s'était enfermé dans son bureau, avait netoyé son pistolet et l'avait chargé. Il l'avait alors placé contre sa tempe en pressant la détente, mais rien ne s'était produit; il n'était sorti de l'arme qu'une espèce de bouillie. Ne parvenant pas à le croire, il s'était assis, confondu. Son pistolet en lequel il avait confiance, dont il s'était servi durant toute la guerre, venait de le trahir et lui avait laissé la vie. Prenant une feuille de papier et la posant sur son bureau, il avait examiné l'arme. Tout y était en ordre de marche. Il avait remis en place poudre, cartouche et, sans penser, pressé la détente. Il y avait eu une détonation terrible et la balle avait traversé la fenêtre. Quelqu'un s'était précipité, frappant à la porte. Il s'était levé lentement et avait ouvert la porte derrière laquelle se tenait le maître d'hôtel, l'air effrayé.
Oh, Sir Algernon, avait-il dit, au comble de l'agitation, j'ai cru qu'il était arrivé quelque chose d'affreux.
Rien d'affreux ne s'est passé. Je nettoyais simplement mon pistolet, et il est parti occupez-vous de trouver quelqu'un pour réparer la fenêtre.
Il y avait eu l'autre tentative, à cheval, celle-là. Il avait choisi de monter une vieille jument grise et sortait des écuries quand un lad en riant avait murmuré au palefrenier :
Deux vieilles juments ensemble, eh, qu'est-ce que tu en penses?
Se retournant, il avait cravaché le lad, laissé tomber les rênes, mis pied à terre, et s'était précipité dans la maison; depuis, il n'était jamais plus monté à cheval.
Une autre fois, il avait songé à s'empoisonner avec l'étrange plante originaire du Brésil un pays presque inconnu. Les baies de cette plante renferment un jus qui est un poison presque instantané. Un grand voyageur lui avait offert la plante en question. Il l'avait soignée et, un jour, il avait cueilli les baies et les avait avalées. Agonie, pensa-t-il. Il s'en était tiré, mais en piteux état avec un désordre gastrique pire que la mort. Une dysenterie qui le couvrit de honte aux yeux du personnel, car il souillait son linge n'ayant même plus la force d'aller aux toilettes. Il rougissait encore en y songeant.
Et enfin, il y eut la dernière tentative. Il avait envoyé quelqu'un à Londres pour qu'on lui rapporte le rasoir à la lame la plus effilée. C'était un splendide instrument portant gravés le nom et l'écusson du fabricant. Il s'était saisi de ce bel objet, l'avait longuement repassé sur le cuir et, d'un coup sec, s'était ouvert la gorge d'une oreille à l'autre - et seules les vertèbres du cou avaient maintenu la tête sur les épaules.
- « JE CROIS
», par TUESDAY LOBSANG RAMPA, 190
P. Paris : Éditions J'ai lu, 1979, ©1977.
{A366}, ISBN : 2-277-51366-0. Transition pour
la Conscience (pages 32...)
Ainsi, il s'était vu mort. Il savait qu'il l'était, conscient de s'être tué, et ensuite, de ses yeux devenus vitreux, il s'était vu sur le sol, depuis le plafond où il était fixé. Dans l'obscurité totale, il réfléchissait profondément.
La Mort? Qu'était-ce donc que la mort? Y avait-il quelque chose après elle? Il avait souvent agité le sujet, au mess, avec les officiers. Le Père avait essayé de leur expliquer la vie immortelle, la montée au Paradis, et un hussard hardi, un major, avait répondu :
Oh non, Père, je suis sûr que tout ceci est sottise. La mort est la fin de tout. Si je tue un Boer, allez-vous me dire que j'irai tout droit au Ciel ou dans l'Autre Lieu? Si je le tue en lui traversant le cur d'une balle et le maintiens au sol en posant le pied sur sa poitrine, je peux vous assurer qu'il est mort, aussi mort qu'un porc empaillé. Quand on est mort, tout est bel et bien fini.
Tous les arguments concernant la vie après la mort lui revenaient à l'esprit. Pourquoi ne pouvait-on infirmer ou confirmer cette idée de l'existence d'une vie après la mort? « Si vous tuez un homme eh bien, il est mort. Et si l'âme existe, vous verrez alors quelque chose quitter ce corps. »
II ne pouvait cesser de méditer,
se demandant ce qui s'était passé et où il était.
Puis une idée terrible
lui traversa l'esprit : peut-être ne s'agissaît-il
que d'un cauchemar et était-il enfermé dans un asile à
la suite d'un transport au cerveau? Il promena ses mains autour de lui,
tâtonnant soigneusement pour voir s'il n'était pas attaché
ou ceinturé, comme il arrive à certains fous. Mais non, il
flottait, tout comme un poisson flotte dans l'eau. Où était-il
donc? « Mort? Suis-je mort? Si oui, ou suis-je, et que fais-je ainsi
à flotter paresseusement? »
Les mots du Père revenaient à sa mémoire :
Quand vous quittez votre corps, un ange est là pour vous accueillir et vous guider. Vous serez jugé par Dieu lui-même, et connaîtrez la punition qu'il décidera de vous infliger.
Algernon réfléchit à l'ensemble du problème : « Si Dieu était un Dieu bon, pourquoi un homme devrait-il, sitôt mort, être puni? Et s'il était mort, comment pourrait-il être affecté par une punition? » II était là, pensa-t-il, gisant paisiblement, sans souffrance et sans joie particulières.
- « JE CROIS
», par TUESDAY LOBSANG RAMPA, 190
P. Paris : Éditions J'ai lu, 1979, ©1977.
{A366}, ISBN : 2-277-51366-0. Aide astrale
et Supervision (pages 34 ...)
Soudain, il eut peur. Quelque chose se passa en lui. C'était comme s'il y avait une main à l'intérieur de son crâne. C'était seulement une impression, la sensation que quelqu'un pensait à lui : « Sois en paix, ne bouge pas et écoute. » Mais aucune voix ne lui parvenait.
Pendant un moment, il essaya de se sauver, de courir. Tout cela était par trop mystérieux, trop troublant; mais il était cloué là. De nouveau l'impression revint : « Sois calme, et libère-toi de ceci. » Algernon pensa en lui-même : « Je suis un officier et un gentleman. Je ne dois pas me laisser aller à la panique mais être un exemple pour mes hommes. » Et, bien que très troublé, il se reprit et se laissa envahir par la paix et la tranquillité.
Soudain, il trembla et la panique
l'envahit de nouveau. Il lui semblait que son crâne allait exploser.
En lui l'obscurité se faisait plus dense,
et bien qu'incapable de voir, il pouvait cependant sentir que de gros nuages
plus noirs encore que l'obscurité tournaient autour de lui en l'enveloppant.
Puis dans toute cette noirceur ambiante, il lui sembla qu'un mince rai de lumière le touchait et tout au long de ce rai de lumière venait l'impression : « Paix, sois calme, et nous te parlerons. »
Grâce à un effort surhumain, il parvint à maîtriser sa panique. Le calme se fit en lui graduellement et de nouveau il resta immobile, attendant de futurs développements. Ils ne tardèrent pas : « Nous voulons vous aider nous sommes très désireux de vous aider, mais vous ne nous laissez pas agir. »
Algernon réfléchit, retournant cette idée dans sa tête. « Vous ne nous laissez pas agir, répéta-t-il en lui-même. Mais je n'ai rien fait, rien dit. J'ignore qui ils sont et ne sais rien de ce qu'ils vont faire. De plus je n'ai pas la moindre idée de l'endroit où je suis. Ceci est-il la mort? Négation? Néant? Suis-je condamné à vivre, ainsi dans cette obscurité pour l'éternité? Mais, même ceci, pensa-t-il, pose un problème. Vivre? Est-ce que je vis? »
Des pensées multiples tourbillonnaient dans son cerveau. Les enseignements
de sa prime jeunesse lui
revenaient en mémoire : « La mort
n'existe pas je suis la Résurrection; dans la maison de mon Père
il y a plusieurs maisons; je vais préparer la voie pour vous; si
vous vous conduisez bien, vous irez au Paradis et dans le cas contraire,
vous irez en Enfer. Seuls les Chrétiens ont une chance d'aller au
Ciel. » Tant d'affirmations contradictoires, de malentendus l'aveugle
enseignant l'aveugle, les prêtres et les maîtres de l'école
du dimanche gens qui s'aveuglent eux-mêmes essayant d'éclairer
ceux qu'ils estiment être encore plus aveugles. « L'enfer?
qu'est-ce? Y a-t-il un Paradis? »
Une pensée puissante interrompit ses cogitations : « Nous sommes prêts à vous aider, si vous acceptez d'abord le principe que vous êtes vivant et qu'il existe une vie après la mort. Nous sommes prêts à vous aider, si vous-même êtes disposé à croire aveuglément en nous, et à ce que nous pouvons vous enseigner. »
À cette idée, le cerveau d'Algernon se révoltait. Qu'était-ce donc que toute cette histoire d'aide? Une sottise. En quoi pouvait-il croire? S'il devait croire, cela impliquait donc qu'il y avait un doute. Ce qu'il voulait, c'était des faits et non des croyances. Le premier fait était qu'il s'était tué de sa propre main; le second, qu'il avait vu son cadavre, et le troisième qu'il se trouvait maintenant dans l'obscurité totale, immergé dans une substance apparemment gluante qui lui interdisait tout mouvement. Et des gens stupides envoyaient, il ne savait d'où, des pensées à son cerveau, lui disant qu'il devait croire. Soit, mais croire à quoi?
Ce qui était une voix, une pensée ou une impression lui dit alors : « Vous êtes dans le premier stade qui suit la mort. Sur la terre, vous avez été mal informé; on vous a égaré, et si vous tenez à sortir de la prison, dans laquelle vous vous êtes enfermé vous-même, alors vous en sortirez. » Calmement, il réfléchit à la question, puis pensa : « Si vous voulez que je croie, dites-moi d'abord ce qui m'arrive. Vous prétendez que je suis dans le stade qui suit la mort, alors que je croyais que la mort était la fin de toutes choses. »
« Précisément! rétorqua avec force la pensée ou la voix. Précisément! Vous êtes enveloppé dans les nuages du doute, les nuages noirs de la déraison. Vous êtes entouré de la noirceur de l'ignorance et, de cet isolement, vous êtes responsable, vous vous l'êtes imposé, et vous seul pouvez le détruire. »
Algernon n'appréciait pas ce jugement, qui ressemblait à un blâme. « Je n'ai aucune raison de croire, pensa-t-il, je ne peux que suivre ce que l'on m'a appris. L'Église m'a enseigné diverses choses j'ai eu les maîtres de l'école du dimanche, ainsi qu'une gouvernante, et vous pensez que je peux effacer tout ce qu'ils m'ont dit, simplement parce qu'une impression inconnue et non identifiée s'adresse à mon esprit? Faites quelque chose pour me montrer qu'il existe une chose derrière cette noirceur. »
La noirceur se rompit soudain, s'écartant comme les rideaux d'une scène pour permettre l'entrée des acteurs. Algernon fut soudain ébloui par le déversement d'une brillante lumière et par de prodigieuses vibrations dans l'atmosphère. Ce fut pour lui une extase qui faillit lui arracher un cri, et ensuite le doute et la noirceur revinrent et l'enveloppèrent à nouveau. Doute, panique, récrimination contre lui-même et reproches contre les enseignements du monde. Il se prit à douter de son bon sens. Comment de telles choses pourraient-elles être possibles? Il était certain maintenant de ne pas avoir l'esprit dérangé et certain de ne pas être victime d'hallucinations. Il songea à cette plante brésilienne dont il avait absorbé les fruits. Et s'il souffrait des effets secondaires de cette ingestion, et partant d'hallucinations? Il avait vu son cadavre sur le sol mais l'avait-il vu? Comment pouvait-il se voir, s'il était mort? Il pensa à la calvitie qu'il avait vue depuis le plafond, au sommet de la tête du maître d'hôtel. Si c'était vrai, pourquoi alors ne l'avait-il pas vue plus tôt? Pourquoi n'avoir pas remarqué que la gouvernante, visiblement, portait une perruque? Il réfléchit au problème et oscilla entre la pensée que la vie après la mort était possible, et l'idée qu'il était incontestablement dément.
« Nous vous laisserons prendre votre décision car la loi est qu'une personne ne peut être aidée que si elle demande à l'être. Quand vous aurez décidé, dites-le, et nous viendrons. Et souvenez-vous que vous n'avez aucune espèce de raison de vous imposer cet isolement. Cette noirceur est une invention de votre imagination. »
Le temps n'avait aucune signification. Les pensées allaient et venaient, mais se demandait Algernon quelle est la vitesse de la pensée? Combien de pensées avait-il eues? S'il le savait, il lui serait possible, alors, de déterminer depuis combien de temps il était dans cette position et dans cette situation. Mais non, le temps n'avait désormais plus de sens. Pour autant qu'il pût en juger plus rien n'en avait. Il essaya de baisser les mains, en tâtant sous lui, mais il n'y avait rien. Au prix d'un effort extrême, il parvint à lever les bras. Là encore, il ne trouva rien, ne sentit rien, si ce n'est l'impression d'arracher ses bras à une substance gluante... Puis il ramena ses mains sur son corps. Sa tête était bien là, ainsi que son cou et ses épaules et ses bras, bien sûr, puisqu'il avait l'usage de ses mains. Mais il bondit véritablement, en découvrant qu'il était nu, et cette idée le fit rougir. Et si quelqu'un me trouvait ainsi? On ne se montrait pas nu dans la classe à laquelle il appartenait. Ces choses « ne se faisaient pas ». Mais pour autant qu'il pût l'affirmer, il avait encore sa dépouille humaine. Et ses doigts qui tâtaient et erraient s'immobilisèrent soudain, et il conclut qu'il était vraiment fou fou car ses doigts qui exploraient son corps rencontrèrent certaines parties intimes, meurtries par le soldat boer, et dont le chirurgien avait pratiqué l'ablation. Ainsi il venait de se retrouver intact. II était clair que c'était son imagination. Très clairement, pensa-t-il, il avait regardé son corps qui sur le sol achevait de quitter le monde. Mais à cet instant l'idée lui vint qu'il avait regardé vers le bas. Comment pouvait-il regarder vers le bas, s'il était vraiment ce corps en train de mourir? Et s'il avait été capable de regarder vers le bas, alors c'était qu'une partie de lui son âme ou autre chose que vous appellerez comme vous voudrez avait dû s'échapper du corps, et le simple fait qu'il ait pu regarder son propre corps indiquait qu'il existait « quelque chose » après la mort.
Il resta à méditer très longuement. Son cerveau lui donnait l'impression de cliqueter comme une machine. De petites bribes de connaissances ramassées ça et là en divers points du monde se mettaient en place. Il pensa à une certaine religion laquelle était-ce donc? hindoue? musulmane? Il ne savait pas, mais c'était une de ces étranges religions auxquelles seuls croient les indigènes, mais qui cependant enseignent l'existence d'une vie après la mort; elles enseignent que les hommes bons, quand ils meurent, se rendent en un lieu plein de filles consentantes. Consentantes ou pas, les filles n'étaient pas pour lui, et il suivit le fil de sa pensée. La vie DOIT exister après la mort; il doit y avoir quelque chose et quelqu'un sinon comment pourrait-il avoir dans son esprit pareille projection brillante? Algernon sursauta d'étonnement. Oh! L'aube vient! s'exclama-t-il. Il était vrai que l'obscurité maintenant faiblissait, de même que tout s'allégeait autour de lui; il s'enfonçait doucement jusqu'au moment où ses mains étendues sous lui sentirent « quelque chose ». Et son corps continuant à s'enfoncer, Algernon découvrit alors que ses mains étaient capables de serrer non, c'était impossible! Mais d'autres tentatives confirmèrent cette réalité. Oui, ses mains étaient en contact avec une herbe tendre, et son corps détendu reposait sur un gazon dru.
La lumière se fit en lui : il comprit enfin qu'il n'était plus dans le néant, mais dans un lieu physique où se trouvaient d'autres choses que l'obscurité. Et tandis qu'il en prenait conscience, l'obscurité continuait de décroître et il se trouva comme enveloppé dans une brume légère, au travers de laquelle il voyait des formes vagues. Il ne pouvait les voir clairement, mais ces « silhouettes » étaient bien là.
Il regarda vers le haut et une forme sombre apparut au-dessus de lui. Seules lui étaient visibles deux mains étendues comme dans un geste de bénédiction; puis une voix que cette fois il entendit clairement parla dans un anglais d'Eton ou d'Oxford...
Levez vos pieds, mon fils. Levez vos pieds et prenez ma main; sentez que je suis solide, tout comme vous et ceci sera une preuve de plus que vous êtes vivant dans un état différent, je l'admets mais vivant; et plus vite vous prendrez conscience que vous l'êtes et comprendrez que la vie existe après la mort, plus vite vous serez en mesure d'entrer dans la Grande Réalité.
Faiblement, Algernon tenta de se mettre sur ses pieds, mais maintenant les sensations avaient changé; il semblait incapable de se servir de ses muscles comme il en avait l'habitude; de nouveau la voix s'éleva.
Imaginez-vous dans l'acte de vous lever, essayez de vous voir vous mettant debout.
Ce que fit Algernon. À
son grand étonnement, il découvrit qu'il se tenait debout
et qu'une forme l'étreignait; forme qui se faisait de plus en plus
brillante et plus précise, jusqu'au moment où il vit clairement
devant lui un homme d'âge moyen, d'un aspect lumineux et vêtu
d'une robe jaune. Algernon chercha à évaluer la hauteur de
la silhouette, et son champ de vision le fit se rencontrer lui-même.
Découvrant qu'il était nu, il laissa
échapper un cri d'effroi.
Oh! mais où sont mes vêtements? Je ne peux pas être vu ainsi! La forme lui sourit avec gentillesse en disant :
Les vêtements ne font pas l'homme, mon ami. On vient au monde nu. Réfléchissez aux vêtements que vous aimeriez porter et vous les trouverez sur vous.
Algernon pensa qu'il lui serait plaisant de se voir en jeune sous-lieutenant, long pantalon bleu marine et tunique garance. Autour de la taille, il aurait un ceinturon passé au blanc d'Espagne et garni de cartouchières. Il vit les boutons de cuivre astiqués pour briller comme de véritables miroirs. Et sur sa tête, il imagina la coiffure à jugulaire. Et l'épée, dans son fourreau, pendait à son côté. Puis il sourit en lui-même et pensa : « Qu'ils m'habillent donc ainsi! » Ahuri, il se sentit comme sanglé soudain dans un uniforme à ceinturon et fut surpris d'être dans des bottes militaires très serrées. L'épée était à son côté et son poids ainsi que celui de l'étui de revolver pesaient sur le ceinturon. La jugulaire était tendue sous son menton. Et comme il tournait la tête, il aperçut les épaulettes sur ses épaules. C'en était trop beaucoup trop. Algernon s'évanouit et se serait retrouvé sur la gazon si l'homme en robe jaune n'était pas intervenu.
Les paupières d'Algernon battirent et, d'une voix faible, il murmura :
Je crois, Seigneur. Pardonnez-moi mes péchés et pardonnez les offenses que j'ai commises.
L'homme laissa tomber sur lui un sourire de bienveillance et lui dit :
Je ne suis pas le Seigneur; je ne suis que celui dont la tâche est d'aider ceux qui viennent de la vie terrestre et pénètrent dans celle-ci le stade intermédiaire et je suis prêt à vous offrir mon aide dès que vous serez disposé à la recevoir.
Sans difficulté cette fois, Algernon se mit sur ses pieds et dit :
Je suis prêt à recevoir l'aide que vous pouvez me donner. Mais... dites-moi, êtes-vous allé à Eton? La forme sourit tout en répondant : Appelez-moi seulement « ami », et nous traiterons plus tard de ces questions. Vous devez tout d'abord entrer dans notre monde.
Se détournant, il fit un geste de la main comme s'il écartait des rideaux et le résultat, en fait, fut le même. Les nuages obscurs se dissipèrent, les ombres s'évanouirent et Algernon se trouva debout sur une herbe du vert le plus intense qui se puisse imaginer. L'air, autour de lui, était comme chargé de vie. S'échappant de sources inconnues, des impressions de musique lui parvenaient : « une musique dans l'air », C'est ainsi qu'il l'aurait décrite et cela lui sembla très apaisant.
Des gens allaient et venaient, se promenant comme ils l'auraient fait dans un jardin public. Au premier abord, il eut devant ce spectacle l'impression qu'il pouvait se trouver à Hyde Park, à Londres; mais dans un Hyde Park particulièrement embelli. Sur les bancs, des couples étaient assis, tandis que d'autres flânaient, et de nouveau Algernon fut saisi par la peur, car quelques personnes circulaient un peu au-dessus du sol! Quelqu'un courait dans l'air, à quelques mètres au-dessus du sol, poursuivi par une autre personne, et tous deux riaient joyeusement, semblant pleinement heureux. Un frisson parcourut Algernon, mais son ami le prit gentiment par le bras en lui disant :
Venez, allons nous asseoir là, car je tiens à vous parler un peu de ce monde avant que nous n'allions plus avant sinon votre rétablissement risquerait d'être retardé par ce que vous verrez ensuite.
Rétablissement! répéta Algernon. Mais point n'est besoin de me rétablir de quoi que ce soit. Je suis en excellente santé et parfaitement normal.
Son ami sourit gentiment et dit à nouveau :
Venez, asseyons-nous ici,
d'où nous pourrons voir les cygnes et autres gibiers d'eau, et vous
aurez
ainsi un aperçu de la nouvelle vie qui
vous attend. En rechignant, et mécontent à la pensée
qu'il était considéré comme malade, il se laissa guider
vers un banc proche.
Asseyez-vous confortablement, lui dit l'ami, car j'ai beaucoup à vous dire. Vous êtes à présent dans un autre monde, sur un autre plan d'existence, et plus vous m'accorderez d'attention, plus vous progresserez aisément dans ce monde-ci.
Algernon fut très favorablement impressionné par le confort du siège sur lequel il se trouvait assis; semblant épouser ses formes, il ne ressemblait en rien à ceux des parcs de Londres qui s'effondraient souvent au moindre changement de position.
Devant eux, une eau bleue sur laquelle glissaient majestueusement quelques cygnes éclatants de blancheur. L'air était chaud et tout empli de vibrations. Une pensée soudain frappa Algernon et cette pensée le choqua tellement qu'il faillit bondir de son siège : il n'y avait pas d'ombre! Levant les yeux, il vit que le soleil lui non plus n'existait pas. Le ciel entier était incandescent. L'ami interrompit le cours de sa pensée.
Nous devons maintenant parler de certaines choses; il me faut vous éclairer sur ce monde avant que vous n'entriez dans la Maison du Repos.
Algernon l'interrompit en disant :
Je suis tout à fait étonné que vous portiez une robe jaune. Etes-vous membre de quelque culte, ou appartenez-vous à quelque ordre religieux?
Oh Dieu, quelle curieuse disposition d'esprit vous avez! Quelle importance peut bien avoir la couleur de ma robe et le fait que j'en porte une? Je ne le fais que parce que je trouve cela convenable dans la tâche que j'ai à accomplir. (Et tout en souriant il ajouta :) Vous portez bien un uniforme, un pantalon bleu marine, une jaquette rouge vif, et une bien curieuse coiffure. De plus vous avez un ceinturon blanc. Pourquoi êtes-vous affublé de si étrange façon? Ici, on s'habille selon son désir, et personne ne critiquera la manière dont vous êtes vêtu. Et, de la même façon, je m'habille dans le style qui me convient et parce que c'est ma tenue habituelle. Mais nous sommes en train de perdre du temps.
Algernon, ainsi réprimandé, se radoucit; regardant autour de lui, il vit d'autres personnes en robe jaune, conversant avec des hommes et des femmes en costumes très divers. Mais son compagnon lui parlait :
Je dois vous dire que, sur la terre, vous êtes dangereusement trompés en ce qui concerne la vérité de la vie future. Vos chefs religieux sont constitués en gang, chacun faisant sa propre publicité, prêchant pour sa propre marchandise, et complètement indifférent à la vérité de la vie et de l'après-vie. (Il fit une pause et poursuivit :) Regardez tous ces gens autour de vous. Pouvez-vous dire lequel est chrétien, juif, musulman ou bouddhiste? Et cependant tous les gens que vous voyez dans ce parc à l'exception de ceux en robe jaune ont une chose en commun : ils se sont tous suicidés.
- « JE CROIS
», par TUESDAY LOBSANG RAMPA, 190
P. Paris : Éditions J'ai lu, 1979, ©1977.
{A366}, ISBN : 2-277-51366-0. Conséquence
du suicide (pages 43 ...)
Algernon eut un sentiment d'horreur tous étaient des suicidés. Il se dit alors qu'il était peut-être dans un asile de fous et que l'homme en robe jaune pouvait être un gardien. Il pensa au nombre de choses étranges survenues dans sa vie et qui avaient imposé un réel effort à son esprit.
Vous devez vous rendre compte que le suicide est un crime grave. Personne ne devrait commettre un tel acte. Aucune raison ne peut le justifier, et si les gens savaient ce qu'ils auront à endurer après, ils ne se laisseraient pas aller à le faire. Ceci, poursuivit son compagnon, est un centre de réception où sont rehabilités ceux qui ont mis fin à leurs jours; ils sont conseillés, puis renvoyés sur la terre dans un autre corps. Je vais d'abord vous parler de la vie sur terre et sur ce plan d'existence.
Ils s'installèrent plus confortablement, et Algernon observa les cygnes qui glissaient paresseusement sur l'étang. Il remarqua que les arbres étaient emplis d'oiseaux et aussi d'écureuils; il nota également avec intérêt d'autres hommes et d'autres femmes en robe jaune, qui parlaient de ceux dont ils avaient la charge.
La terre est une école d'enseignement où les gens apprennent grâce aux épreuves vu qu'ils n'apprendront pas par la bienveillance et la douceur. Les gens vont sur la terre tout comme ceux qui vivent sur terre vont à l'école; et avant que de descendre sur la terre, les Entités qui vont occuper un corps terrestre sont conseillées sur ce qui est pour elles le meilleur type de corps, et les meilleures conditions leur permettant d'apprendre ce qu'elles ont à apprendre ou, pour être plus précis, pour apprendre ce pour quoi elles retournent vraiment sur terre, vu qu'elles sont, bien sûr, conseillées avant leur départ. Vous ferez cette expérience vous-même; aussi laissez-moi vous parler de ce plan particulier. Nous avons ici ce qui est connu comme étant l'astral inférieur. Sa population de passage n'est faite que de suicidés exclusivement, cela pour la raison que le suicide est un crime, et que ceux qui le commettent sont mentalement des instables. Dans votre cas, votre suicide est dû au fait que vous ne pouviez procréer, que vous aviez été mutilé; mais, vous êtes allé sur la terre pour endurer cette condition et la surmonter. Et je vous dis avec gravité qu'avant d'aller sur la terre, vous avez fait ce qu'il fallait pour être mutilé ce qui veut dire que vous avez échoué à votre test, et que vous devez revivre à nouveau toute cette épreuve, et la revivre encore si vous échouez une nouvelle fois.
Algernon éprouva une réelle tristesse. Il avait cru qu'en mettant fin à une existence qu'il estimait inutile, il avait fait là un geste noble et on lui disait maintenant qu'il avait commis un crime et devrait l'expier. Mais son compagnon parlait...
L'astral inférieur est très proche du plan terrestre. Ici, nous vous placerons dans un Lieu de Repos pour vous faire subir un traitement. Nous tenterons de stabiliser votre état mental; cette tentative visera à vous fortifier en vue de votre retour définitif sur la terre sitôt que la situation semblera être celle qui convient. Mais ici, sur ce plan astral, vous êtes libre de circuler, ou de voler si vous le voulez ceci simplement par la pensée. De même, si votre accoutrement venait à vous paraître absurde ce qu'il est, en fait vous pouvez en changer, simplement en pensant à ce que vous aimeriez porter.
Le goût d'Algernon se porta alors sur un très joli costume, aperçu un jour dans un pays chaud. Léger, d'un blanc cassé, la coupe en était très élégante. Il y eut soudain comme un bruissement, et il vit avec effroi que son uniforme se volatilisait, le laissant complètement nu. Avec un cri, il bondit sur ses pieds cachant de ses deux mains la zone intime de son anatomie; mais à peine était-il debout qu'il se trouva revêtu du costume qu'il avait revu en pensée. Timidement et tout rougissant il s'assit de nouveau.
Vous découvrirez qu'ici vous n'avez besoin d'aucune nourriture, bien qu'il vous sera possible, si la nécessité s'en fait sentir, d'obtenir n'importe lesquels des aliments que vous souhaiteriez. Il vous suffira d'y penser pour voir cette nourriture se matérialiser dans l'atmosphère. Songez, par exemple, à votre plat préféré.
Algernon rêva de rosbif, de pommes de terre rôties, de Yorkshire pudding, de carottes, de navets et de choux avec un grand verre de cidre le tout terminé par un bon gros cigare. Tandis qu'il pensait a toutes ces choses, une forme vague apparut devant lui, se solidifia pour devenir une table couverte d'une nappe éclatante de blancheur. Puis des mains s'agitèrent, plaçant devant lui des plats d'argent, des chandeliers; les couvercles, un par un, furent soulevés et Algernon vit et sentit la nourriture de son choix. Ensuite, sur un simple geste de son compagnon, aliments et tables disparurent.
Il n'y a vraiment nul besoin de ces choses théâtrales, aucun besoin de ce type de nourritures grossières, car le corps, sur ce plan astral, absorbe la nourriture contenue dans l'atmosphère. Comme vous le voyez, ici le soleil ne brille jamais, mais le ciel est resplendissant, donnant à chacun la nourriture dont il a besoin, et il n'existe ici ni gens très gros ni trop maigres.
Ayant regardé autour de lui, Algernon reconnut que c'était exact. De même, il n'y avait là ni nains ni géants. Certaines personnes se promenaient, l'air concentré, le front plissé, s'interrogeant sans aucun doute sur le futur, soucieuses du passé et regrettant certains de leurs actes.
Le compagnon se leva.
Maintenant, dit-il, nous devons aller à la Maison du Repos et nous pourrons, tout en marchant, poursuivre notre conversation. Votre arrivée ici a été plutôt précipitée, bien que nous soyons toujours avertis des suicides prémédités depuis longtemps. Cependant votre dernier geste nous a surpris.
Se levant, Algernon suivit son compagnon. Ils prirent en flânant le sentier qui longeait l'étang et le long duquel de petits groupes de gens bavardaient en marchant.
Ici, les conditions sont particulièrement confortables parce que, à ce stade du processus, vous devez être reconditionné, en vue d'un retour aux épreuves et aux souffrances terrestres; mais souvenez-vous que la vie sur la terre n'est qu'un battement de paupières dans ce qui est, en fait, le Vrai Temps; et quand vous aurez achevé votre vie terrestre et l'aurez réussie, vous noterez que vous ne retournez pas dans ce lieu, mais que vous le contournez et allez vers un autre niveau du plan astral un plan dépendant de vos progrès sur terre. Quand, par exemple, vous échouez à vos examens scolaires, vous êtes maintenu dans la même classe, alors que, en cas de réussite, vous passez dans la classe supérieure. Ceci vaut pour le plan astral. Vous pouvez à cet instant que vous appelez la mort être enlevé de la terre et transporté en un certain plan astral ou bien, si votre test est particulièrement satisfaisant, être placé sur un plan beaucoup plus élevé; et, bien sûr, plus vous vous élevez, plus l'environnement est satisfaisant.
Algernon se laissait distraire par le spectacle sans cesse changeant. Quittant les bords de l'étang, ils se glissèrent par une ouverture faite dans une haie. Une pelouse merveilleusement entretenue s'étendait devant eux, et là des groupes de gens étaient assis et écoutaient quelqu'un qui, visiblement, faisait une conférence. Mais le compagnon poursuivit sa route et ils arrivèrent devant une petite élévation qu'ils gravirent. Un élégant bâtiment se dressait devant eux; il était d'un blanc verdâtre, une couleur très reposante, génératrice de tranquillité et bien faite pour donner la paix à l'esprit. Une porte devant eux. Elle s'ouvrit automatiquement et ils pénétrèrent dans un hall brillamment éclairé.
Intéressé, Algernon promena son regard sur ce qui l'entourait. Ce lieu était d'une beauté rare et, de par son appartenance à la haute société anglaise, Algernon se considérait comme un connaisseur en matière d'élégance architecturale. Des colonnes s'élevaient dans le hall, duquel partaient plusieurs couloirs. Il semblait y avoir, en son milieu, un bureau rond autour duquel plusieurs personnes étaient assises.
S'avançant, le compagnon d'Algernon le présenta :
Voici notre ami, Algernon St Clair de Bonkers. Il était attendu et je crois que vous lui avez attribué une chambre.
Une jeune femme chercha dans ses papiers et répondit :
C'est exact, sir; on va la lui montrer. Un jeune homme se leva presque immédiatement et dit en s'avançant vers eux :
Je vais vous conduire à votre chambre. Si vous voulez bien me suivre...
Ayant salué Algernon, le compagnon quitta le bâtiment. Algernon suivit son nouveau guide le long d'un corridor recouvert d'un tapis moelleux, puis dans une chambre très spacieuse qui contenait un lit et une table et donnait sur deux autres petites pièces attenantes.
Maintenant, sir, vous allez avoir la gentillesse de bien vouloir vous coucher; une équipe médicale va venir vous examiner. Vous n'avez pas le droit de quitter cette chambre avant que le docteur, habilité à le faire, vous en donne la permission.
Puis, avec un sourire, il sortit. Algernon inspecta sa chambre et les deux autres pièces. L'une lui sembla être un salon, car elle était meublée d'un divan confortable et de fauteuils, et l'autre n'avait qu'une chaise dure pour tout mobilier. Algernon pensa tout à coup que ce lieu semblait n'avoir pas de toilettes; puis réfléchissant, il se dit en lui-même : « Pourquoi y en aurait-il? » II n'en éprouverait sans doute pas la nécessité et peut-être ne faisait-on pas de telles choses en ce lieu!
Debout près du lit, il resta à s'interroger. Allait-il essayer de s'échapper d'ici? Il marcha jusqu'à la fenêtre et fut surpris de découvrir qu'elle s'ouvrait librement; il essaya de sortir, mais une barrière invisible l'en empêcha. La panique qui avait commencé à le gagner tomba et, regagnant son lit, il s'apprêtait à se déshabiller quand il pensa soudain : « Que vais-je faire sans vêtements de nuit? » Simultanément il entendit ce bruissement qui ne lui était plus inconnu; se regardant, il vit qu'il était vêtu d'une longue chemise de nuit blanche. Au comble de l'étonnement, il leva les sourcils, et lentement, tout en réfléchissant, il se mit au lit. Quelques minutes plus tard, on frappait à la porte. « Entrez », dit Algernon, et trois personnes deux hommes et une femme apparurent. Se présentant, elles lui apprirent qu'elles faisaient partie de l'équipe de réhabilitation. Ces gens ne firent pas usage du stéthoscope, ne tâtèrent pas son pouls, mais se contentèrent de le regarder, et l'un d'eux commença à parler :
Vous êtes ici parce que vous vous êtes rendu coupable de suicide, crime qui a fait que votre vie sur terre a été perdue, gaspillée. Vous devrez donc la recommencer et subir de nouvelles expériences dans l'espoir que cette fois vous réussirez votre vie.
L'homme lui apprit qu'il recevrait un traitement de rayons apaisants qui, on l'espérait, améliorerait rapidement sa santé. Puis Algernon s'entendit dire qu'il importait qu'il retourne sur terre aussi vite que possible. Plus vite il s'y rendrait, et plus ce serait facile pour lui.
Mais comment puis-je retourner sur terre? s'exclama Algernon. Je suis mort, ou tout au moins mon corps physique est mort, et comment alors pensez-vous pouvoir me faire réintégrer ce corps?
Ce fut la jeune femme qui répondit :
Vous êtes victime d'un grave malentendu, à cause de toutes les épouvantables balivernes qu'on vous a enseignées sur la terre. Le corps physique n'est qu'une enveloppe que l'esprit endosse afin que des tâches inférieures puissent être accomplies, afin que certaines leçons particulièrement dures puissent être apprises, car l'esprit ne peut pas expérimenter lui-même des vibrations aussi basses; et il doit, de ce fait, revêtir une enveloppe qui lui permet d'expérimenter les choses. Vous irez sur terre et naîtrez de parents qui seront choisis pour vous. Votre naissance sera entourée de conditions qui vous permettront de profiter au maximum de votre expérience, et souvenez-vous que ce que nous impliquons par « profiter » ne signifie pas nécessairement « argent ». Sur terre, en effet, les êtres les plus imprégnés de spiritualité sont les gens pauvres alors que les riches sont méchants. Il est à penser que dans votre cas vous avez été élevé dans une telle richesse et un tel luxe que, cette fois, vous connaîtrez des conditions plus dures.
Ils parlèrent longuement et, en les écoutant, Algernon en vint à saisir progressivement des choses très différentes de celles en lesquelles on l'avait amené à croire. Très vite, il fut à même de se rendre compte que christianisme, tout comme judaïsme, islamisme ou autres croyances n'étaient que des noms, et qu'il n'existait qu'une seule religion une religion que jusqu'ici il n'avait pu comprendre.
Les trois personnes se retirèrent
et, dans la chambre, la lumière faiblit. Algernon eut l'impression
que la nuit se refermait sur lui. Il se détendit, puis perdit conscience
et dormit. Il n'aurait pu dire pendant combien de temps quelques minutes
peut-être ou durant des jours. Et au cours de ce sommeil son esprit
se ressaisit et il recouvra la santé.
Le soleil brillait quand il s'éveilla et il entendait le chant des oiseaux... Le soleil? Il se rappela que ce n'était pas le soleil qui brillait. Ici, il n'existait pas, mais l'air vivait. Repoussant le couvre-pied, il se leva et alla à la fenêtre. Tout, à l'extérieur, était aussi brillant et aussi gai qu'hier... était-ce HIER? Algernon avait perdu le sens des jours et des nuits; il lui semblait qu'il n'y avait plus de preuve du passage du temps. Il regagna son lit et s'étendit sur le couvre-pied, les mains derrière la tête, réfléchissant à tout ce qui s'était passé.
Un petit coup à la porte et un homme entra. C'était un personnage à l'aspect grave qui donnait l'impression d'être pleinement conscient de l'importance de ses fonctions.
Je suis venu vous parler, dit-il, car nous craignons que vous ne soyez pas convaincu de la vérité de l'expérience que vous traversez.
Les mains le long du corps et presque au garde-à-vous, comme s'il se trouvait dans un hôpital militaire, Algernon répondit :
Tout ce que j'ai vu, sir, contredit les enseignements de l'Église chrétienne. Je m'attendais à être accueilli par des anges qui joueraient de la harpe; je m'attendais à voir des chérubins et au lieu de cela, je découvre que ce lieu pourrait tout aussi bien être une manière de Hyde Park magnifié, ou tout autre parc bien entretenu. J'aurais pu, également, avoir eu des hallucinations dans Richmond Park. Le docteur rit et lui dit :
Vous n'êtes pas un chrétien particulièrement fervent. Si vous aviez été disons un catholique romain vraiment croyant, alors vous auriez vu des anges en arrivant ici, et vous auriez vu ces anges jusqu'au moment où le côté trompeur de leur apparence vous aurait, au contraire, fait comprendre qu'ils n'étaient que des visions de votre imagination. Ici nous nous occupons de réalité. Vu que vous êtes un homme qui a vécu et a de l'expérience, vu également que vous avez été soldat et avez vu mourir, vous êtes capable de nous voir tels que nous sommes vraiment.
Algernon se prit à penser à certaines scènes de son passé.
La mort, dit-il, est le sujet qui m'intrigue le plus, car elle est, sur terre, un objet de terreur les gens ont une peur horrible de mourir et ce qui m'a toujours frappé, c'est que ce sont souvent les gens les plus religieux qui sont le plus effrayés par la pensée de la mort. (Il sourit et, joignant les mains, il continua :) J'ai un ami, fervent catholique, qui, dès qu'il entend que quelqu'un est au plus mal, ne manque jamais de dire combien il est heureux que M. X ou Y aille mieux et soit en aussi bonne santé! Mais dites-moi, sir, pourquoi se fait-il que les gens aient si peur de la mort, s'il existe une vie après?
Souriant avec ironie, le docteur répondit :
J'aurais pensé qu'un homme de votre sensibilité et instruit comme vous l'êtes aurait deviné la réponse; comme il est clair que vous ne la connaissez pas, permettez-moi de vous la donner : les gens vont sur terre pour accomplir et apprendre certaines choses, pour faire l'expérience de certaines épreuves grâce auxquelles l'esprit, ou l'âme, ou le sur-moi peu importe le nom peut être purifié ou fortifié. Et ainsi, quand une personne se suicide, elle commet un crime contre le programme, contre l'ordre des choses. Et si les gens voyaient que la mort est naturelle et comprenaient qu'elle n'est que naissance à un autre stade d'évolution, alors ils aspireraient à mourir et tout le sens de la terre et des autres mondes serait perdu.
Pour Algernon l'idée était nouvelle et logique, en vérité. Mais il n'était cependant pas satisfait.
Dois-je comprendre, alors que la peur de là mort est provoquée artificiellement et est totalement illogique?
C'est exact, répondit le docteur. C'est une disposition de la nature qui veut que chacun craindra la mort, fera tout pour préserver la vie, afin que les expériences sur terre puissent être maintenues et menées jusqu'à leur fin logique et programmée. Aussi quand une personne se suicide, elle désorganise tout le système. Mais, attention, dit-il, quand le temps est venu pour une mort naturelle, la peur n'existe pas, et il n'y a pas davantage souffrance; car les gens qui sont dans un autre royaume astral sont à même de dire quand une personne est destinée à mourir ou à subir la transition (formule que nous préférons); une forme d'anesthésie est alors produite et les affres de la mort sont remplacées par de plaisantes pensées de délivrance, le désir de rentrer à la maison.
Algernon eut un mouvement d'indignation.
Mais c'est impossible, dit-il, car les gens qui agonisent se tordent souvent dans d'atroces douleurs!
Le docteur dit en secouant la tête tristement :
Non, vous êtes dans l'erreur. La souffrance n'augmente pas au moment de la mort; il y a, au contraire, arrêt. Et contractions ou gémissements ne sont que des réactions automatiques de certains nerfs qui ont été stimulés. Cela ne signifie pas que la personne souffre. Celui qui en est le témoin n'est généralement pas apte à juger de ce qui se passe. Chez le mourant, la partie consciente qui va subir la transition est détachée de la partie physique qui n'est que l'être animal. C'est ainsi que... quand vous avez commis votre suicide, vous n'avez pas souffert... C'est exact?
Se grattant le menton, Algernon réfléchit et répondit sans hésiter :
Non, je n'ai pas souffert; je crois n'avoir rien senti, si ce n'est une sensation très froide. En y pensant, j'étais comme obnubilé et surpris.
Le docteur sourit et dit en se frottant les mains :
Maintenant, je vous tiens! Vous venez de reconnaître que vous n'avez pas souffert et, pourtant, vous avez crié comme un porc qu'on saigne. Et, à ce propos, avec un porc qu'on saigne, tout ce qui se passe c'est que l'air contenu dans les poumons est expulsé rapidement en agitant les cordes vocales ce qui provoque un cri aigu. Le même genre de réaction a eu lieu avec vous un long cri perçant interrompu par un bouillonnement de votre sang s'échappant abondamment par la blessure de votre gorge. Et c'est ce cri perçant qui a poussé la malheureuse femme de chambre à entrer dans la salle de bains.
Oui, cela semblait assez logique. Commençant à voir que, dans tout cela, il ne s'agissait pas d'hallucinations mais de faits, Algernon dit alors au docteur :
Mais j'avais cru comprendre
qu'une personne, à sa mort, était tout de suite conduite
devant Dieu pour y être jugée qu'immédiatement elle
rencontrait Jésus et peut-être la Vierge et les disciples.
Secouant la tête d'un air triste, le docteur
répondit :
Vous parlez de voir Jésus; mais si vous aviez été juif, musulman ou bouddhiste, auriez-vous espéré voir Jésus? Ou bien pensez-vous que le Paradis est divisé en différents pays où vont les gens de chaque religion? Non, il n'en est rien! L'idée est absurde. C'est une folie criminelle et les prêcheurs terrestres empoisonnent l'esprit des hommes avec leurs monstrueuses histoires. Les gens viennent ici, et ils se croient en Enfer. Il n'y a pas d'enfer si ce n'est sur la terre!
Algernon bondit. Il sentit son corps se tordre comme s'il était enveloppé de flammes.
- « JE CROIS
», par TUESDAY LOBSANG RAMPA, 190
P. Paris : Éditions J'ai lu, 1979, ©1977.
{A366}, ISBN : 2-277-51366-0. Obligation de
se réincarner rapidement, Purgatoire (pages 55 ...)
Mais, alors, suis-je au Paradis? demanda-t-il.
Non, répliqua le docteur. Un tel lieu n'existe pas. Il n'y a ni Paradis ni Enfer, mais un Purgatoire l'endroit où vous expiez vos péchés, et c'est ce que vous faites ici. Très bientôt, vous rencontrerez un comité qui vous aidera à décider ce que vous allez faire à votre retour sur terre. Vous devez y retourner afin de matérialiser le plan décidé par vous-même, et la raison de ma visite est précisément de voir si vous êtes prêt à être présenté au comité.
Algernon fut gagné par une étrange peur et il eut l'impression que des mains glacées lui parcouraient le dos. Ce qui s'annonçait lui semblait pire qu'une commission militaire dans laquelle les médecins chercheraient des preuves, lui posant les questions les plus embarrassantes touchant à ses réactions à telle ou telle chose, et allant jusqu'à le questionner sur la façon dont se déroulait sa vie sexuelle; était-il marié, avait-il une amie? Algernon, décidément, ne parvenait pas à éprouver un quelconque enthousiasme à l'idée de se présenter devant une commission de quoi au juste?
J'espère, dit-il,
qu'on me laissera le temps de me remettre du traumatisme que représente
le passage de la vie à CECI. J'admets que je suis responsable de
ma venue ici, en ayant mis fin à mes jours
ce qui apparaît comme étant un
crime méprisable mais je continue cependant à estimer qu'on
devrait me donner le temps de récupérer et de décider
ce que je veux faire. Et puisque nous sommes sur ce sujet, poursuivit-il,
comment se peut-il que le suicide soit un crime aussi odieux, si les gens
ne savent pas qu'ils commettent un crime. J'avais toujours pensé
que si une personne n'était pas consciente de faire une mauvaise
action, elle ne pouvait pas être punie pour l'avoir faite.
Sottises! s'exclama le docteur. Voilà bien un trait des gens de votre acabit; ils considèrent que du fait qu'ils appartiennent à une classe supérieure, ils ont droit à une considération spéciale. Vous essayez toujours de rationaliser. C'est comme un vice inhérent à votre classe. Vous saviez parfaitement qu'il est mal de se suicider. Même votre propre forme particulière de religion, telle qu'elle est enseignée sur terre, vous inculque l'idée que mettre fin à ses jours est un crime contre l'homme, contre l'État et contre l'Église.
Algernon répliqua d'un ton acerbe :
Alors, que pensez-vous du Japonais qui se fait hara-kiri quand les circonstances l'exigent? Quand il estime qu'il a perdu la face, il s'ouvre le ventre publiquement. C'est bien un suicide? Il fait alors ce qu'il croit devoir faire. Vous ne pensez pas?
L'air affligé, le docteur répondit :
Le fait qu'au Japon le suicide soit devenu une habitude sociale permettant de mettre fin à ses jours plutôt que d'affronter le déshonneur ne modifie en rien le problème. Permettez-moi de vous dire, et d'enfoncer ceci dans votre subconscient : le suicide est TOUJOURS un crime. Aucune circonstance ne peut faire qu'il soit acceptable. Il signifie qu'une personne est insuffisamment développée pour poursuivre ce qu'elle a choisi de sa propre volonté. Mais ne perdons plus de temps. Vous n'êtes pas ici en vacances, mais pour nous aider à profiter au mieux de votre prochaine vie sur la terre. Venez!
Il se leva brusquement, dominant Algernon qui protestait d'un ton plaintif :
Ne me laisserez-vous pas prendre un bain? N'aurai-je pas un petit déjeuner avant d'être traîné hors d'ici?
Bah! s'exclama le docteur d'un ton irrité, ici vous n'avez pas besoin de bain, pas besoin de nourriture. L'atmosphère vous nourrit et vous nettoie. Vous minimisez la question pour la simple raison que vous n'êtes pas vraiment adulte, mais quelqu'un qui essaye d'échapper à ses responsabilités. Suivez-moi.
Se détournant, le docteur se dirigea vers la porte.
À son corps défendant, Algernon se leva et le suivit. Le docteur tourna à droite et entra dans un jardin qu'Algernon n'avait pas encore vu. L'atmosphère y était exquise; l'air était plein d'oiseaux, et de jolis animaux étaient étendus sur l'herbe; après un dernier tournant, un autre bâtiment apparut. Orné de nombreuses flèches il évoquait une cathédrale, et on y accédait non pas par une rampe, mais par des séries d'escaliers. Les ayant montés, ils se dirigèrent vers un coin frais d'un bâtiment très vaste. L'entrée était occupée par de nombreuses personnes; d'autres étaient assises sur des bancs confortables disposés contre les murs. Là encore, il y avait, au centre du vestibule, ce qui ressemblait à un bureau de réception, mais pourvu, cette fois, d'un personnel plus âgé. Le docteur y conduisit Algernon et s'adressa au préposé en disant :
Nous sommes venus pour nous présenter devant le conseil.
L'un des assistants se leva.
Suivez-moi, dit-il.
L'assistant ouvrit la marche, le docteur et Algernon le suivant. Marchant quelques minutes au long d'un corridor, ils tournèrent à gauche dans une antichambre.
Veuillez attendre ici, dit l'assistant.
Il frappa à une porte et entra, après en avoir été prié. La porte se ferma et un faible murmure de voix devint perceptible.
L'assistant revint après quelques instants, et dit, tenant la porte ouverte :
Vous pouvez entrer.
Se levant rapidement, le docteur prit Algernon par le bras, et le fit entrer.
À peine à l'intérieur, Algernon s'arrêta au comble de l'étonnement. C'était une pièce aux proportions très vastes et, en son centre, un globe avec des taches bleues et vertes tournait dans un mouvement lent. Algernon comprit qu'il s'agissait d'un simulacre de la terre. En voyant que le globe terrestre tournait sans aucun système de support, Algernon resta fasciné et intrigué. Il lui semblait être dans l'espace et regarder, de là, la terre illuminée par quelque soleil invisible.
Il y avait une longue table, merveilleusement polie, aux sculptures délicates et à un des bouts de cette table se tenait un très vieil homme dont la barbe et les cheveux étaient blancs. Son expression était pleine de bienveillance, mais aussi de gravité. Il donnait l'impression que, si les circonstances l'exigeaient, il serait capable d'une extrême rudesse.
Algernon jeta un coup d'il rapide à la ronde et, autour de la table, il crut voir huit personnes quatre hommes et quatre femmes. Le docteur le fit asseoir à l'autre bout de la table. La forme de celle-ci, remarqua Algernon, permettait à tous les autres membres de le voir sans avoir à tourner leur chaise; l'espace de quelques secondes, il songea à l'artisan qui avait su élaborer une géométrie si compliquée.
Voici Algernon St Clair de Bonkers, dit le docteur. D'après nous, il est maintenant en état de profiter de vos conseils.
Le vieil homme, d'un petit mouvement de tête, leur fit signe de s'asseoir, puis il parla :
Vous êtes ici parce que vous avez mis fin à vos jours. Vous vous êtes tué, en dépit des plans que vous aviez faits, et à l'encontre de la Loi Supérieure. Avez-vous quelque chose à dire pour votre défense?
Tremblant, Algernon s'éclaircit la gorge.
Levez-vous, lui murmura le docteur en se penchant vers lui.
À contrecur, Algernon se mit debout et dit avec un air de défi :
Si j'ai décidé de faire une certaine tâche, et si des conditions que je n'ai pas choisies m'ont empêché de l'accomplir, alors étant donné que ma vie m'appartient, j'ai le droit d'y mettre fin si je choisis de le faire. Je n'ai pas décidé de venir ici; je n'ai décidé que de mettre fin à ma vie.
Et, sur ces mots, il s'assit lourdement.
Le docteur le regarda d'un air triste. Le vieil homme lui jeta un regard de pitié et les huit autres personnes le fixèrent avec compassion, comme s'ils avaient déjà entendu ce qu'il venait de dire. Le vieil homme, de nouveau, parla :
- « JE CROIS
», par TUESDAY LOBSANG RAMPA, 190
P. Paris : Éditions J'ai lu, 1979, ©1977.
{A366}, ISBN : 2-277-51366-0. Reprendre sa
vie (pages 59...)
Vous avez fait votre plan, mais votre vie ne vous appartient pas. Elle appartient à votre sur-moi ce que vous appelez votre âme et vous l'avez blessé par votre rébellion et votre folle conduite. Pour cette raison, vous devrez retourner sur terre, vivre à nouveau votre vie et, cette fois, ne vous tuez pas. Il nous faut maintenant décider quel sera le moment le plus favorable pour votre retour, et vous trouver les parents appropriés.
Il y eut un grand bruit de papiers froissés, puis l'un des membres se leva et s'approcha du globe. Silencieux, il demeura quelques minutes à le regarder. Puis il regagna sa place et nota quelque chose sur un feuillet.
Algernon, dit le vieil homme,
vous êtes allé sur terre dans des conditions presque luxueuses
dans une famille où l'on veillait à vous donner tout le
confort possible. Vous étiez considéré. L'argent n'était
pas un problème. Votre éducation a été la meilleure
qui se pouvait obtenir dans votre pays. Mais avez-vous pensé à
votre brutalité, à la façon dont vous aviez coutume
de frapper les serviteurs?
Avez-vous pensé aux jeunes servantes que
vous avez séduites?
Bondissant d'indignation, Algernon s'exclama :
On me disait toujours que les jeunes filles qui servaient à la maison étaient là pour la commodité du fils célibataire, pour lui servir de divertissement, pour lui permettre d'apprendre ce qui touche au sexe. Je n'ai rien fait de mal, quel que soit le nombre de servantes que j'ai séduites!
Algernon, dit le vieil homme, vous savez parfaitement que la notion de classe n'est qu'une chose purement artificielle. Dans votre monde, l'argent ou la naissance permettent de traiter les être pauvres comme des créatures inférieures. Vous connaissez la loi aussi bien que quiconque, ayant vécu plusieurs fois.
Faisant la moue comme si elle venait de goûter à une groseille aigre, une des femmes assises à la table prit la parole et dit d'un air pincé :
Je tiens à dire que, de mon point de vue, ce jeune homme devrait recommencer sa vie comme un non-privilégié. Il a toujours fait ce qui lui plaisait. J'estime qu'il devrait recommencer comme fils d'un petit négociant ou même fils de vacher.
Furieux, Algernon bondit en criant :
Comment osez-vous dire cela? Savez-vous que du sang bleu coule dans mes veines? Savez-vous que mes ancêtres sont allés à la Croisade? Ma famille jouit d'un très grand respect.
Le vieil homme l'interrompit au milieu de son discours en disant :
Voyons... voyons, les discussions ne mèneront à rien. Elles ne feront qu'ajouter au fardeau que vous avez à porter. Nous essayons de vous aider, et non pas d'ajouter à votre Karma.
Algernon l'interrompit brutalement.
Je ne permettrai pas qu'on
touche à mes aïeux. Je suppose que les vôtres, dit-il
en pointant un doigt vers la femme qui avait parlé, étaient
des propriétaires de bordels ou autre chose du même ordre.
Saisissant Algernon par le bras, le docteur le
fit asseoir en lui disant :
Tenez-vous tranquille, espèce de clown; vous aggravez votre cas.
Algernon s'apaisa à l'idée qu'il était en vérité au Purgatoire comme on le lui avait dit et il écouta l'homme qui s'adressait à lui :
Algernon, vous vous comportez comme si nous étions vos ennemis. Mais ce n'est pas le cas. Vous devez savoir que vous n'êtes pas ici en tant qu'invité d'honneur. Vous y êtes à cause du crime que vous avez commis et avant que nous allions plus avant, je tiens à mettre les choses au point : vous n'avez pas de sang bleu dans les veines. La classe, la caste ou les statuts ne sont pas des choses dont on hérite. Ce sont des histoires de bonne femme. (Il s'arrêta, but une gorgée d'eau et, avant que de poursuivre, jeta un regard aux autres membres du Conseil.) Vous devez vous pénétrer de l'idée que beaucoup d'entités venant d'innombrables mondes, d'innombrables niveaux d'existence, descendent sur la terre (un monde très inférieur) pour y apprendre par les épreuves ce qu'elles semblent incapables d'apprendre par la bonté et la bienveillance. Et quand on se rend sur la terre, on adopte le corps qui paraît le plus adapté à la réalisation de sa tâche. Si vous étiez un acteur, vous comprendriez que vous n'êtes que l'homme, l'acteur, et vous pourriez être appelé à jouer de nombreux rôles au cours de votre vie. Ainsi, en tant qu'acteur, vous pourriez avoir à vous vêtir comme un prince, un roi ou un mendiant. En roi, peut-être auriez-vous à prétendre que vous êtes de sang royal, mais ce ne serait que feinte. Chacun dans le théâtre le saurait. Il est certains acteurs qui entrent à un point tel dans la peau de leur personnage comme vous l'avez fait qu'ils en viennent à se croire princes ou rois, mais se refusent à être mendiants. Peu importe d'ailleurs ce que vous êtes, et ce qu'est votre degré d'évolution; si vous êtes ici, c'est parce que vous avez commis un crime et le suicide en est vraiment un. Vous êtes ici pour expier ce crime, et afin que nous qui sommes en contact avec des plans plus élevés et aussi avec la terre puissions vous suggérer la façon la meilleure d'accomplir cette expiation.
L'air malheureux, Algernon demanda :
Comment pouvais-je savoir qu'il était mal de mettre fin à ses jours, et qu'avez-vous à dire sur les Japonais qui se suicident par sens de l'honneur?
Son ton était violent. Le vieil homme répondit :
Le suicide n'est jamais ce qu'il convient de choisir. De même le suicide par le feu des prêtres bouddhistes est un crime grave, tout comme le geste qui consiste à se précipiter du haut d'une falaise. Les lois faites par l'homme ne peuvent jamais transgresser celles de l'Univers. (Regardant ses papiers, le chairman [président] reprit :) Vous étiez destiné à vivre jusqu'à un certain âge, et vous avez mis fin à votre vie trente ans avant l'heure prévue; ainsi, vous aurez donc à retourner sur la terre pour y vivre pendant trente années et y mourir, et les deux existences celle à laquelle vous avez mis fin et celle que vous allez maintenant vivre ne compteront que pour une. Une des femmes leva la main pour attirer l'attention du président du conseil.
Vous désirez parler, madame?
Oui, sir. Je pense que le jeune homme n'a pas conscience de sa position. Il se croit terriblement supérieur à tout le monde. Peut-être devrait-on lui parler des morts dont il est responsable, et insister davantage sur son passé.
Oui, bien sûr, et puisque vous en êtes consciente, il va revoir son passé dans le Hall des Souvenirs.
Mais, sir, répliqua la femme, l'interlude du Hall des Souvenirs vient ensuite, et nous voulons que ce jeune homme nous écoute maintenant de façon sensée. S'il en est capable, ajouta-t-elle en jetant un regard courroucé à Algernon.
Le vieillard soupira et haussa les épaules en disant :
Bien! puisque vous le souhaitez, nous allons modifier nos habitudes. Je suggère que nous amenions maintenant le jeune homme dans le Hall des Souvenirs, afin qu'il puisse voir ce qui nous déplaît dans son comportement.
Les membres du conseil repoussèrent leur chaise et se levèrent. L'air consterné, le docteur se leva également.
Venez, dit-il à Algernon. Vous l'avez cherché. Promenant de l'un à l'autre un regard indigné, Algernon explosa.
Je n'ai pas demandé à venir ici. Je ne comprends pas le pourquoi de toute cette agitation. Si je dois retourner sur terre, eh bien, laissez-moi le faire et n'en parlons plus!
- « JE CROIS
», par TUESDAY LOBSANG RAMPA, 190
P. Paris : Éditions J'ai lu, 1979, ©1977.
{A366}, ISBN : 2-277-51366-0. Hall des Souvenirs
(pages 63...)
Nous allons maintenant vous accompagner jusqu'au Hall des Souvenirs, dit le président. Là, vous serez à même de revoir tous les événements de votre vie passée, et de décider si nous abusons de notre autorité comme vous semblez l'imaginer ou si nous nous montrons indulgents. Venez!
Ayant ainsi parlé, il le conduisit au-dehors. Il se sentit bien d'être à l'air; les oiseaux chantaient et les abeilles bourdonnaient amicalement autour de lui. Les insectes ne le piquaient pas et ne faisaient qu'ajouter leur musique familière à l'environnement plaisant.
Le président et les membres du conseil montraient le chemin, presque comme dans une promenade scolaire à la différence, pensa Algernon, que pour lui ce n'était pas une partie de plaisir. Jetant un regard de côté, il dit au docteur :
Vous avez l'air d'être mon geôlier!
Le docteur ignora la réflexion
et se contenta de lui serrer le bras un peu plus fort en l'entraînant.
Ils arrivaient bientôt devant un autre
bâtiment, et à peine l'avait-il aperçu qu'Algernon
s'écria :
Oh! l'Albert Hall! Comment sommes-nous revenus à Londres?
Le docteur, que l'idée amusa, éclata de rire en disant :
Ce n'est pas l'Albert Hall; regardez bien son architecture. Cet endroit est merveilleux!
Ensemble, ils pénétrèrent dans le hall qui, comme l'avait dit le docteur, était merveilleux. Ils s'enfoncèrent plus avant. Algernon jugea qu'ils devaient être a peu près au cur du bâtiment. Une porte s'ouvrit et Algernon recula si violemment qu'il buta.sur le docteur, lequel rit en lui disant :
Oh, ne craignez rien. Ce n'est pas le bord de l'Univers, et vous ne pouvez pas chuter. Reprenez-vous, rien de dangereux ne peut se produire.
Le vieil homme se tourna vers Algernon en lui disant :
Avancez jeune homme, avancez, vous saurez à quel moment vous arrêter, et soyez très attentif.
Algernon s'immobilisa sur place pendant quelques instants, terrifié, et redoutant de tomber du bord de l'Univers et de s'écrouler parmi les étoiles, à ses pieds. Une poussée ferme dans le dos le fit avancer et, s'étant mis en mouvement, il s'aperçut qu'il ne pouvait plus s'arrêter.
Il continuait à aller de l'avant, mû par quelque force inconnue. À mesure qu'il avançait, les ombres, les formes et les couleurs glissaient autour de lui, les ombres allant s'épaississant jusqu'à devenir un obstacle solide. Il s'arrêta net, sans l'avoir voulu. Il regarda autour de lui, confus, puis, une voix dit :
Entrez.
Toujours sans avoir à faire le moindre effort, il avança, au travers de ce qui semblait être un mur impénétrable. Le sentiment de chute qu'il éprouvait avait quelque chose de traumatisant. Ensuite, Algernon eut l'impression d'être désincarné; il regardait vers le bas où une scène se déroulait. Une nurse tenait un bébé qui venait de sortir du ventre de sa mère. Un homme à l'air cruel regardait le bébé et dit à la nurse en tortillant soudain sa moustache : « Horrible petite créature, ne trouvez-vous pas? Il ressemble beaucoup plus à un rat noyé qu'à ce qui, je l'espère, sera un homme. C'est bien, nurse, emmenez-le. » La scène changea et Algernon se vit dans une salle de classe en face de son précepteur, auquel il faisait des farces. Mais l'homme ne pouvait protester vu que le père d'Algernon, un aristocrate tyrannique et hautain, regardait précepteurs, gouvernantes et autres gens de maison comme des inférieurs méprisables. Algernon rougit en revoyant l'horreur de certains de ses actes. Puis la scène changea à nouveau. Il était plus âgé peut-être entre quatorze et quinze ans; il se vit, regardant furtivement depuis le seuil d'une porte, dans une partie assez déserte du manoir. Une jeune et jolie servante s'avançait et Algernon s'était caché; mais comme elle passait devant la porte, il l'avait saisie par le cou et l'avait entraînée dans sa chambre. Il avait rapidement fermé la porte et, tenant toujours la servante par le cou, il lui avait arraché ses vêtements. Son visage s'empourpra à la pensée de ce qu'il avait fait. Autre scène : il était debout dans le bureau de son père, ainsi que la servante en larmes. Son père tout en tortillant ses moustaches avait écouté ce que la fille avait à dire et il avait alors éclaté d'un rire dur en disant : « Dieu du Ciel, ne comprenez-vous pas, femme, qu'un jeune homme se doit de découvrir le sexe, et pourquoi croyez-vous que vous êtes ici? Si vous ne pouvez pas accepter une petite chose comme celle-ci... sortez de ma maison! » Et ce disant, il l'avait giflée. Elle s'était sauvée de la pièce en pleurant. Le père s'était alors tourné vers Algernon en disant : « Ainsi, jeune homme, tu n'es plus vierge, désormais! C'est bien, continue! Je veux voir naître beaucoup de fils robustes avant que je ne quitte ce monde. »
Les scènes se succédaient. Eton et les régates sur la rivière, Oxford, l'armée, l'instruction des hommes et cette guerre contre les Boers. Il regarda ces images avec horreur; il se vit donnant l'ordre à ses hommes de massacrer une malheureuse famille sans défense qui n'avait d'autre tort que de ne pas comprendre l'anglais. Il vit leurs corps projetés dans le fossé, et son rire à lui, quand un homme avait traversé d'un coup de baïonnette le corps d'une jeune fille.
Les images continuaient de défiler. Algernon baignait dans sa sueur. Il éprouva le besoin de vomir, mais ne le put. Le total des morts continuait de s'élever. Soixante-dix-huit, et comme il s'apprêtait à en ajouter à la liste, c'est alors que le tireur d'élite s'était levé et l'avait émasculé d'un coup de fusil.
Les images, soudain, cessèrent d'avoir un sens pour lui. Il chancela et s'appuya contre le mur; sans s'expliquer comment, car il n'avait fait aucun mouvement, il se retrouva de nouveau en compagnie du docteur et des membres du conseil. Ils le regardèrent d'un air curieux et pendant quelques instants un éclair de compassion passa sur le visage du vieillard. Toutefois, il se contenta de dire :
Reprenons notre discussion. Quittant le hall, ils regagnèrent la salle du conseil.
Là, le président dit à Algernon.
Vous avez vu les événements de votre vie. Vous avez vu que sang bleu ou sang rouge, vous avez commis une suite de crimes dont le couronnement a été votre suicide. Vous devez maintenant décider, ou nous laisser vous aider à décider de la vocation qui vous permettra d'expier le mal que vous avez fait et d'expier votre suicide. Avez-vous une idée de ce que pourrait être cette vocation?
Algernon se sentait troublé. Tout ce qu'il avait éprouvé dans sa vie n'était rien à côté de ce qu'il ressentait à cet instant. La tête dans ses mains, il appuya ses coudes sur la table. Un silence absolu régnait dans la pièce. Longtemps il resta ainsi à penser, réfléchissant à ce qu'il pourrait être. Prêtre, peut-être, ou évêque et, avec quelques influences, archevêque. Mais arrivé à ce point, il éprouva un tel sentiment de négativité qu'il modifia tout de suite sa ligne de pensée.
Un vétérinaire,
pensa-t-il. Mais il n'aimait pas assez les animaux pour cela, et la profession
n'impliquait pas un rang social très élevé. Être
vétérinaire constituait un tel déclassement pour quelqu'un
de sa caste.
Il eut l'impression d'entendre rire de façon
moqueuse et ce rire indiquait que là encore il était dans
la mauvaise voie. Il pensa alors à devenir docteur, un docteur à
la mode, dont la clientèle se recruterait parmi la noblesse; et
s'il lui était donné de sauver soixante-dix vies ou plus,
il aurait alors le « linge blanc des pénitents » avec
lequel commencer une autre vie à la fin de ceci. Un des hommes parla
pour la première fois.
Nous avons, bien sûr, suivi vos pensées dans ce globe.
Il fit un geste en direction d'un globe posé sur la table et qu'Algernon n'avait pas vu car il était recouvert d'un tissu; mais maintenant il rougeoyait et révélait les pensées d'Algernon.
Le vieil homme parla.
Oui, je crois que je peux vous recommander de devenir docteur, mais pas un docteur mondain. C'est le plan de vie que je conseillerai dans votre cas. (Il fouilla dans ses papiers et reprit :) Vous avez mis fin à votre vie et en avez mutilé d'autres.
Non, cria Algernon en se dressant, je n'ai pas mutilé...
L'autre l'interrompit :
Vous l'avez fait; d'autres, sur vos ordres, ont été tués et mutilés et vous en portez le blâme au même titre que les exécutants. Mais je vous prie de m'écouter attentivement, car je ne répéterai pas ce que je vous dis. Vous deviendrez un médecin, mais dans un district pauvre, où vous travaillerez parmi les miséreux. Vous recommencerez votre existence dans les conditions les plus humbles non plus comme un membre de l'aristocratie, mais comme quelqu'un qui s'élèvera grâce à son courage. À votre trentième année de vie, celle-ci sera terminée et vous reviendrez ici, si vous répétez votre suicide; sinon, vous irez à un niveau plus élevé de l'astral où vous serez préparé, en fonction de la façon dont vous aurez agi dans la vie que vous êtes sur le point d'entreprendre.
Les discussions durèrent pendant très longtemps, puis le président, après un coup de marteau sur la table, reprit la parole :
Nous nous rencontrerons à nouveau pour décider des parents que vous aurez, de la région où vous naîtrez et aussi de la date. Jusqu'à ce moment, vous pouvez regagner la Maison du Repos. La réunion est terminée.
L'air sombre, Algernon et le docteur refirent le chemin en silence. Le docteur l'installa dans la chambre qui convenait, en lui disant :
Je reviendrai plus tard quand on me dira de le faire.
Avec un salut très bref,
il s'éloigna, et Algernon s'assit, la tête dans les mains.
L'image même de l'extrême misère, pensant à tout
ce qu'il avait vu, à tout ce qu'il avait fait et se disant en lui-même
: « Eh bien, si ceci est le Purgatoire, alors c'est que l'Enfer n'existe
pas! »
Se sentant vraiment très malheureux, il passait ses doigts crispés à travers ses cheveux en désordre. Il expiait maintenant le crime dont il s'était rendu coupable, et il l'expierait encore pendant longtemps. Où et comment cela finirait-il? Il repassa dans son esprit tous les incidents survenus depuis son arrivée ici le plan du Purgatoire.
Ainsi, il était mal d'être un aristocrate? Mal d'être de sang bleu? marmonna-t-il à haute voix en fixant le sol.
Puis, entendant ouvrir la porte, il pivota brusquement. À la vision qui apparut une nurse séduisante il bondit, le visage rayonnant :
Oh! s'écria-t-il joyeusement, un ange est venu pour m'arracher à ce lieu ténébreux! (Il considéra la nurse avec des yeux avides :) Quelle beauté en un endroit comme celui-ci. Quel...
Assez! interrompit la nurse. Je suis complètement immunisée contre vos flatteries. Vous êtes tous les mêmes, vous les hommes. Vous ne pensez qu'à une chose en venant ici, et je préfère vous dire que nous, les femmes, sommes vraiment lasses de vos avances. Asseyez-vous, ajouta-t-elle, j'ai à vous parler, et je dois vous emmener ailleurs. Avant tout, je vous dirai que j'ai, involontairement, surpris ce que vous disiez quand je suis entrée.
Il l'invita à s'asseoir. Ce qu'elle fit, et Algernon s'empressa d'avancer sa chaise pour être près d'elle.
Mais voyant qu'elle avait choisi de se tenir en face de lui, il en fut irrité.
Maintenant, Cinquante-trois..., lui dit-elle. Algernon leva la main.
Vous vous trompez, miss... je suis Algernon St Clair de Bonkers. La nurse répliqua :
Ne soyez pas stupide. Il ne s'agit plus maintenant de jouer; vous êtes ici entre deux actes si l'on peut dire. (Rejetant ce qu'il voulait dire d'un geste de la main, elle reprit :) Je veux tout d'abord vous parler de deux choses en particulier. L'une est qu'ici vous n'êtes pas Algernon de... ce que vous voudrez; vous êtes le numéro cinquante-trois. Ici, votre position n'est pas loin de celle d'un condamné condamné pour crime de suicide et ici ce nombre cinquante-trois se rapporte aux derniers chiffres de votre fréquence de base.
Algernon sentit que son cerveau tâtonnait.
Fréquence de base, répéta-t-il. J'ai peur de ne pas comprendre ce dont vous parlez. Mon nom est Algernon, et non pas Cinquante-trois.
Il vous reste beaucoup à apprendre, jeune homme, rétorqua la nurse d'un ton sévère. Vous me semblez d'une ignorance incroyable pour quelqu'un qui se targue d'être de sang presque royal. Mais voyons d'abord ce point. Vous semblez penser que, venu ici en tant que personne titrée, votre position demeure inchangée. Vous vous trompez!
Algernon explosa :
Vous devez être une communiste ou quelque chose de cet acabit! C'est le thème communiste classique qui veut que tous les hommes soient sur le même plan, socialement!
La nurse soupira d'un air. exaspéré puis reprit d'une voix lasse :
C'est bien vrai que vous
êtes terriblement ignorant. Je vais vous dire, une fois pour toutes,
que le communisme est un crime au moins égal au suicide. Et ceci
pour la raison que la personne qui se tue commet un crime contre elle-même,
et que le communisme est un crime contre l'humanité. En fait, le
communisme est un cancer dans le corps du monde. Nous sommes contre le
communisme et un jour viendra où il sera anéanti car il repose
sur des préceptes faux; mais là n'est pas l'objet de ma présence
ici.
Ayant consulté quelque papiers, elle se
tourna de nouveau vers Algernon et lui dit en le regardant bien dans les
yeux :
Nous devons vous arracher
l'idée que, ayant été titré, vous allez continuer
à le demeurer. Considérons les choses du point de vue terrestre.
Pensez à l'écrivain William Shakespeare, et aux pièces
qu'il nous a laissées. Les personnages qu'il campait étaient
parfois des scélérats et parfois des rois. Mais je vais vous
dire brutalement qu'on aurait un rire méprisant pour l'acteur qui
ayant joué le rôle du roi dans Hamlet se comporterait dans
la réalité comme s'il était vraiment un roi. Les gens
sont sur terre pour apprendre leur rôle particulier dans la pièce
qu'est la vie rôle qui leur permet d'accomplir les tâches
qui leur sont dévolues; et les ayant accomplies, il reviennent au
monde astral et abandonnent, bien sûr, leur identité imaginaire
pour retrouver leur identité naturelle, déterminée
par leur propre sur-moi supérieur.
Frissonnant, Algernon ou plutôt Cinquante-trois
répliqua :
Oh, la, la! Je déteste sincèrement le genre bas-bleu. Quand une ravissante jeune femme commence à prêcher et à faire la leçon, cela me coupe vraiment tous mes moyens.
Oh, ce n'en est que mieux! répondit la nurse, car votre tournure d'esprit me déplaît passablement et je suis ravie d'avoir douché vos pensées libidineuses.
Ayant regardé ses notes une nouvelle fois, elle s'adressa à Algernon.
Vous n'avez pas été envoyé dans la bonne Maison de Repos; aussi je dois vous conduire dans une autre qui ne sera que temporaire, vu que vous devez retourner aussi vite que possible sur terre. En fait, vous n'êtes ici qu'en transit. Voulez-vous nie suivre? Elle se leva et gagna la porte. Cinquante-trois, ex-Algernon, se précipita pour lui tenir la porte et, s'inclinant légèrement d'un air moqueur :
Après vous, madame, dit-il. Avec dignité, la nurse franchit la porte et vint buter contre le docteur qui s'apprêtait à entrer.
Oh, désolée, docteur; je ne vous avais pas vu! s'exclama la nurse.
Ce n'est rien, miss. Je venais chercher Cinquante-trois. Le conseil désire à nouveau le voir. Avez-vous quelque chose à lui dire?
La nurse sourit et répondit :
Non, je ne suis que trop heureuse de me débarrasser de lui. Il me paraît assez effronté pour quelqu'un dans sa position. J'ai essayé de lui apprendre qu'ici le sang bleu ne compte pas, bien qu'il soit toutefois un peu supérieur au sang communiste. Mais, docteur, quand le conseil en aura terminé avec lui, vous savez qu'il doit aller à la Maison pour gens de passage; il y a eu confusion dans les ordres et je pense que c'est pourquoi vous l'avez amené ici. Voulez-vous vous assurer qu'il se rendra bien à la Maison de Transit?
Je m'en occuperai, répondit le docteur. (Puis, faisant un signe à Cinquante-trois :) Venez, nous sommes déjà en retard.
Ils prirent un corridor qu'Algernon non, Cinquante-trois n'avait pas encore vu!
Le pauvre garçon avait décidément l'air très abattu et répétait :
Purgatoire? C'en est un vraiment.
Je me sens sur les genoux de toute la marche qu'on me fait faire!
Le docteur auquel le soliloque de Cinquante-trois
n'avait pas échappé riait d'un air ravi et rétorqua
:
Quand vous dites que vous serez sur les genoux en sortant d'ici, vous avez plus que raison puisque vous serez un enfant dans le ventre de sa mère.
Le docteur et Cinquante-trois se dirigèrent alors vers un long corridor. Deux gardes étaient assis à l'entrée. L'un d'eux salua rapidement le docteur et demanda :
Est-ce Cinquante-trois?
Oui, c'est lui, dit le docteur. Êtes-vous celui qui va nous accompagner?
Le garde assis à droite de l'entrée se leva en disant :
C'est moi qui vais avec vous, mais ne perdons plus de temps, voulez-vous?
Ils marchèrent... marchèrent, le corridor semblant à Cinquante-trois ne jamais devoir finir. Il était horrifié, mais soudain, diversion : un embranchement. Le guide prit à gauche, avança encore, puis frappa à une porte.
Entrez, dit une voix.
Le garde, bien vite, ouvrit toute grande la porte. Le docteur entra le premier, suivi de Cinquante-trois et du garde qui ferma la porte derrière lui d'une poigne vigoureuse.
Venez vous asseoir ici, dit une voix.
Cinquante-trois s'avança vers le siège qu'on lui désignait.
- « JE CROIS
», par TUESDAY LOBSANG RAMPA, 190
P. Paris : Éditions J'ai lu, 1979, ©1977.
{A366}, ISBN : 2-277-51366-0. Réparation...,
Destinée, (pages 73...)
Nous devons maintenant discuter de votre futur. Nous voulons que vous retourniez sur terre très rapidement, mais au moment qui sera compatible avec les fonctions biologiques d'une femme, dit la voix.
Cinquante-trois regarda autour de lui l'intensité de la lumière dans le bâtiment était telle qu'il en était ébloui. Il vit un mur; mais ce fut pour lui un étonnement, car ce mur donnait l'impression d'être un verre dépoli sur lequel, à intervalles, des lumières colorées passaient puis disparaissaient. Il vit qu'il était dans une pièce, d'une espèce à laquelle il n'avait jamais songé auparavant. Elle était d'une austérité de chambre de clinique, pas blanche, mais d'un vert pâle très reposant.
Cinq ou six personnes étaient autour de lui, vêtues de blouses du même vert. Il n'aurait pu dire le nombre exact de ces gens, car certains entraient et d'autres sortaient mais ces choses n'avaient aucune importance, car la voix de nouveau parlait :
J'ai examiné et considéré
avec beaucoup d'attention l'information qui m'a été transmise.
Je suis allé à travers tout votre passé le passé
précédant votre venue sur la terre, et je découvre
que d'après vos lumières vous vous en êtes assez bien
tiré sur terre; toutefois, d'après les dieux de la maison,
vous avez été un échec dans la vie réelle et
vous avez, à cet échec, ajouté le suicide. Aussi nous
voulons vous aider.
Cinquante-trois, qui paraissait très irrité,
ne put s'empêcher d'éclater :
M'aider? M'aider! Depuis ma venue ici, je n'ai cessé d'être critiqué, blâmé pour avoir appartenu à la haute société, blâmé pour avoir dit que peut-être j'aurais dû être un communiste. Que dois-je croire? Si je suis ici pour recevoir un châtiment, alors pourquoi ne pas me l'infliger?
Le vieil homme grisonnant assis en face de Cinquante-trois semblait à la fois peiné et compatissant.
Je suis navré, dit-il, de votre attitude; elle rend les choses très difficiles pour nous, parce que nous sommes venus à la conclusion inévitable qu'étant allé sur terre avec un statut assez favorable qui a affecté votre psyché, il est nécessaire que vous y retourniez avec des conditions humbles et pauvres. Sinon, vous allez vous rendre intolérable et donner à votre sur-moi des impressions absolument fausses. Me suis-je bien fait comprendre?
Cinquante-trois qui faisait grise mine rétorqua :
Non, définitivement non; je ne comprends absolument pas à quoi vous faites allusion quand vous parlez de sur-moi. Jusqu'ici je n'ai entendu que ce que j'appellerai un charabia, et je n'ai pas le moindre sentiment de culpabilité pour ce que j'ai fait. D'après la loi anglaise, je n'ai rien fait de mal!
Le vieil homme sentit sa détermination se durcir. Il avait l'impression que cet homme ce Cinquante-trois s'amusait à créer des difficultés.
Vous êtes dans l'erreur pour ce qui est de votre référence à la loi anglaise, dit l'interrogateur, car si vous aviez la moindre connaissance de la loi anglaise, vous sauriez qu'[il]existe une déclaration qui veut que l'ignorance de la loi n'est pas une excuse; et, de ce fait, si vous enfreignez une loi en Angleterre et prétendez ignorer l'existence d'une telle loi eh bien, vous êtes bel et bien jugé coupable, étant censé ne pas ignorer l'existence d'une telle loi. Et je vous prierai de ne pas être agressif avec moi, car je suis un de ceux qui tiennent votre destinée entre leurs mains, et si vous faites par trop d'opposition, alors nous pouvons rendre vos conditions très dures. Prenez garde et contrôlez votre arrogance.
Cinquante-trois frissonna; le ton sur lequel on venait de lui parler prouvait qu'il n'était pas en position de force.
Mais, sir, dit-il, que dois-je faire quand les termes employés par vous n'ont aucun sens pour moi? Qu'est-ce, par exemple, que le sur-moi?