http://www.apollonius-de-tyane.ch/apollonius.htm
Cabinet juridique Nord-SudNorth-South Law Firm
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PROFIL DU PHILOSOPHE
APOLLONIUS, ADEPTE DE PYTHAGORE
"Je ne suis qu'un homme, mais tout homme peut, par la contemplation et la philosophie, s'élever jusqu'aux dieux." Placée en exergue, cette phrase résume et exprime la quintessence des Vers d'Or. Nul autre philosophe, qu'Apollonius, ne suivit d'aussi près la pensée pythagoricienne. Apollonius illustre de manière vivante la doctrine du Sage de Samos. Vêtu de lin, ne consommant pas de viande, il applique pour lui-même toutes les règles de vie constituant l'Enseignement Philosophique. Non content d'instaurer la réforme de la morale, de corriger les erreurs et les abus du clergé, Apollonius paye de sa personne en offrant à ses contemporains l'image même de la sagesse. Il veut se donner en exemple dont chacun puisse s'inspirer. L'impression produite sur ses contemporains les marque profondément. De son vivant, il est vénéré à l'égal d'un Dieu, craint pour ses pouvoirs surnaturels et admiré pour ses qualités généreuses. Il lutte pour maintenir la doctrine pythagoricienne dans le culte consacré aux dieux antiques. Sa parole est souvent opposée à celle du Christ et, il n'est pas exagéré de dire que deux religions s'affrontèrent à travers leur personnalité. Les foules, toujours avides de démonstrations, jugèrent souvent la qualité de leur enseignement à la lumière de leurs prodiges respectifs. La liste de ses miracles est telle, que pendant plusieurs années il fut impossible de départager les mérites d'Apollonius et du Christ. L'influence
d'Apollonius fut durable. Quatre siècles après sa mort, les
honneurs continuèrent à lui être rendus.
APOLLONIUS DE TYANEDossiers publics, Périodique de documentation genevoise
Né
un ou deux ans avant le début de 1'ère
chrétienne, Apollonius de Tyane est l’un
des grands tenants de la doctrine pythagoricienne. Sa parole est souvent opposéeà celle
du Christ et il n’est pas exagéré de dire que deux religions
s'affrontèrentà travers
leurs personnalités. Ne disait-il pas: « Je ne suis qu'un homme
» et « tout homme par la contemplation et la philosophie peut
s'élever jusqu'aux dieux
». Les foules, avides de démonstrations, jugèrent souvent
la qualité de leurs
enseignements à la
lumière de leurs prodiges respectifs, et pendant
plusieurs années, il fut impossible de départager les mérites
du Christ de ceux d'Apollonius
de Tyane, tant les miracles furent nombreux de part et d'autre.
Or, Apollonius, venu à Genève,
ville alors consacrée au culte celtique, inspira
une dédicace gravée sur une dalle proche du temple solaire, à la
place de la cathédrale
actuelle. Il est donc passionnant de savoir qu'Apollonius de Tyane est
sans doute le plus ancien philosophe et le premier ésotériste
qui ait fréquenté
notre ville. 29 mars 1977
APOLLONIUS DE TYANE, vie et oeuvres
A
1'occasion du trentième anniversaire de la loge Apollonius de Tyane,
je vais tenterde résumer
ce que l'on connaît de ce personnage historique. Mon approche se
fonde sur deux ouvrages; le
premier est intitulé: Apollonius de Tyane ou le séjour d'un
Dieu parmi les hommes.
II a été écrit par Mario Meunier et a été
publié à Paris aux ÉditionsBernard
Grasset en 1936, réédité ensuite par le procédé
offset en 1978, aux Éditionsd'Aujourd'hui. Je ne sais s'il
est encore disponible en librairie. Le
second ouvrage s'intitule: Apollonius de Tyane, le philosophe réformateur
du premier
siècle de notre ère. 11 a été écrit
en anglais par G.R.S. Mead, traduit en français et publié
à Paris par les Publications Théosophiques de la Bibliothèque
Théosophique en1906.
J'ignore s'il a été réédité depuis et
je doute qu'on puisse encore le
trouver en librairie. Ces
deux ouvrages sont empreints d'une partialité évidente en
faveur du personnage d'Apollonius
de Tyane, dont on ne sait, en réalité, que peu de choses. Leurs
auteurs respectifs ne font (et comment pourrait-il en être
autrement à près de deux mille ansde
distance!) que compiler des ouvrages antérieurs, qu'ils accommodent àleur
sauce pour présenter
Apollonius de Tyane de la façon qu'il sied le mieux àleurs
convictions. Mario
Meunier a "essayé de rendre accessible et de faire revivre dans I'esprit
même de sa légende,
la curieuse et attrayante figure d'un des derniers représentants de
la sagesse antique...".
Son avant-propos de 14 pages résume consciencieusement la
vie d'Apollonius, mais
on ne peut affirmer que tout s’est déroulé de la manière
dont il lerapporte,
car il se fie à la biographie d'Apollonius de Tyane écrite
par Philostrate plusd'un
siècle après la mort du tyanéen. G.R.S. Mead est plus prudent dans son approche, i1 tente de séparer la légende de la réalité et, en sous-titre, il nous précise le but de sa démarche: Étude critique des seuls documents qui existent sur la vie d'Apollonius de Tyane; Exposé des diverses opinions concernant ce philosophe; Aperçus sur les associations religieuses et sur les communautés du 1er siècle de notre ère; Influence possible de la pensée hindoue sur la pensée grecque. Nous entrevoyons déjà dans quelle direction l'auteur anglais,théosophe, souhaite nous orienter... Mead, comme Meunier, souhaite réhabiliter I'image d'Apollonius de Tyane, quelque peu ternie au cours de l'histoire par 1'emprise croissante du Christianisme. Ces deux auteurs ont en commun la même vénération dePythagore, vénération qu'ils attribuent également àApollonius. L'époque
d'Apollonius de Tyane Nous disposons de peu d'informations sur les conditions de la vie religieuse au premier siècle de notre ère. Non seulement le temps historique, bientôt deux millénaires nous séparent de cette époque, mais l'avènement du Christianisme d'une part et 1'éclosion de la pensée rationnelle de 1'autre, ont considérablement transformé le mode de pensée et de vie des êtres humains depuis lors. II existait àcette époque beaucoup de cultes divers, nécessitant souvent un parcours initiatique, mystères phrygiens, bachiques, mystères d'Isis, de Mithra, d'Éleusis. Ces derniers se trouvaient sous l'égide de l'État, et les respectables citoyens d'Athènes se devaient d'être initiés à ces mystères. Dans
son traité De
la vie contemplative, Philon signale 1'existence de nombreux
groupes d'hommes abandonnant leurs biens pour se retirer du monde
et se dévouer à la recherche de la sagesse et à la
pratique de la vertu. La vie religieuse se confondait souvent avec la recherche
de la vérité,
généralement attribuée à la pratique de la
vie philosophique. La confusion
des "genres" entre philosophie et religion, mythe et réalité objective,
apparaît jusque dans la biographie d'Apollonius écrite par Philostrate,
qui mélange les faits historiques et la poésie sophiste...
Notre rationalité
nous a accoutumé depuis deux siècles à ne plus mélanger
les faits et les commentaires, le récit mythique du fait historique... Comment
Apollonius de Tyane est parvenu jusqu'à nous La biographie d'Apollonius de Tyane fut commandée à Philostrate par Julie Domna, mère de Caracalla, impératrice de Rome sous le règne de Septime Sévère, en 1'an 216 après J.-C., soit plus de cent ans après la mort du sage. Philostrate est un homme de lettres qui vécut de 175 à245 après J.-C. Il est 1'auteur de la seule biographie d'Apollonius, qui fut écrite en grec(1). Cet ouvrage est fondé d'une part, sur des récits obtenus dans les villes ou Apollonius a vécu, et d'autre part, sur des notes de Damis, un disciple d'Apollonius qui 1'accompagna au cours de plusieurs de ses voyages. Julie Domna aurait aussi remis àPhilostrate des lettres d'Apollonius de Tyane que 1'Empereur Hadrien possédait. Le second document connu sur Apollonius de Tyane fut écrit vers l'an 305 de notre ère par Hiéroclès, philosophe grec, gouverneur de Palmyre. Dans son ouvrage intitulé : L'ami de la vérité,Hiéroclès oppose aux miracles du Christ les miracles qu'auraient accompli Apollonius de Tyane, selon la biographie de Philostrate. Eusèbe de Césarée répondit àHiéroclès dans un traité intitulé : Contra Hieroclem, dans lequel il nie 1'existence des miracles attribués à Apollonius de Tyane. "Si ceux-ci ont réellement existé, ils ne peuvent être que l’œuvre du démon", selon Eusèbe. La controverse ouverte par Hiéroclès et Eusèbe fut reprise au XVIème siècle, lors des rééditions de la biographie de Philostrate, pour perdurer jusqu'au XIXème siècle. Pour les chrétiens, au cours de l'histoire, Apollonius est tantôt un magicien, tantôt un sage. Jean Chrysostome qualifie Apollonius de menteur et d'être malfaisant. Saint-Jérôme dit de lui qu'il trouve toujours matière à s'instruire et às'améliorer. Au Vème siècle, Saint-Augustin pense qu'on ne peut le comparer àJésus, mais qu'il est un homme vertueux. Plus
tard, au XIème siècle, le moine Xiphilin qualifie Apollonius
de magicien et d'adroit
escamoteur. Selon Nicetas, il existait encore àByzance
au XIIème siècle, certaines portes de bronze consacrées
jadis par Apollonius, qui durent être fondues car elles étaient
devenues, même pour les chrétiens, un objet de
superstition. Signalons encore qu'à Rome, un temple fut élevé
à la mémoire d'Apollonius, aux frais du trésor de 1'Empire,
sur la décision de Caracalla.
Quelques
aperçus sur la vie d'Apollonius de Tyane Apollonius
est né à Tyane, au sud de la Cappadoce, de parents fortunés, au
début de 1'ère chrétienne. A 1'age de quatorze ans,
il fut envoyé àTarsepour
étudier. Il alla ensuite àÉgée,oùil
fut admis dans le temple d'Esculape,
vers 1'âge de vingt ans. II hérita alors des biens familiaux
qu'il partagea avec
son frère qui menait une vie dissolue. Il distribua une part de
sa fortune àses
proches parents, car il estimait qu'il avait peu de besoins personnels
et qu'il n'allait pas se marier. Il mangeait seulement les produits de la terre :fruits et légumes, afin, disait-il, de se purger 1'esprit. Il ne buvait pas de vin "qui trouble 1'esprit". Il fit vœu de silence pour cinq ans durant lesquels il voyagea et étudia. Puis, il y a un trou dans sa biographie d'une durée de quinze à vingt ans. On le signale ensuite, à Antioche où il consacre ses matinées aux "choses" divines et les après-midi aux enseignements de la vie éthique et pratique. Grand
voyageur, il alla jusqu'en Inde, dans la vallée du Gange, oùilrencontra
des bouddhistes. Selon les commentaires, i1 serait parti pour l'Inde
à la recherche d'une communauté particulière et il
revint chargé d'une mission. On signale sa présence à
Babylone, Ninive, à Chypre, puis en
Ione, en Asie Mineure, dans les villes de Smyrne, Pergame, Troie, et en Crète,
avant d'être à Rome en 66, sous le règne de Néron.
Ce dernier promulgua
cette année-là,
un édit proscrivant les
philosophes et Apollonius
partit alors pour l'Espagne, à Cadix. Il rencontra l'apôtre
Paul à Rome, oùce
dernier fut décapité. Apollonius quitta ensuite 1'Espagne pour
la Sicile, et de là il repartit en Grèce, avant de s'embarquer
pour I'Égypte
et de remonter le Nil jusqu'en Éthiopie. II revint à Rome,
attira la suspicion de
l'Empereur Domitien qui le fit emprisonner, puis jugé et acquitté
en 1'an 81. On signale encore que Vespasien, Titus et Néron furent
des admirateurs d'Apollonius qu'ils connurent avant leur arrivée
au pouvoir à Rome.
Apollonius repartit pour la Grèce après l’issue heureuse de
son procès, renvoya son disciple Damis à Rome, et il mourut
à l'âge de quatre-vingt
ans environ. Quelques
aspects sur les oeuvres d'Apollonius
de Tyane. Apollonius
passe pour un prophète, un thaumaturge. Il semble être un disciple
de Pythagore pour qui le vrai philosophe est celui qui connaît les secrets
de la nature, non de la lecture et des discours d'autrui. Le sentier de
la philosophie est la vie du philosophe. Apollonius passa beaucoup de temps à rétablir les rites dans les temples de diverses divinités. Il condamnait les combats de gladiateurs, maisapprouvait les jeux olympiques. Il aurait fréquenté, en Éthiopie notamment, ceux que l'on a appelé les "gymnosophistes", les philosophes nus, c'est-à-dire les membres de communauté composés de ceux qui avaient abandonné tous biens matériels et pratiquaient des mortifications. Comme je 1'ai signalé précédemment, on lui attribue des miracles. Les cas relatés se rapportent surtout à la guérison de malades. II lisait dans les pensées et avait un don de prophétie. II faut cependant rappeler que la notion théologique du miracle est postérieure à la vie d'Apollonius. II semblait écouter la voix intérieure de son daïmoncomme Platon. Onsignale
également à son propos un don de prescience. II refusa une
fois de s'embarquer sur un bateau qui fit naufrage. Il eut
une vision à distance d'un
temple incendié àRome.
Alors qu'il était à Alexandrie, on
raconte qu'il eut la vision
de l'assassinat de l'Empereur Domitien àRome.
Il interprétait les songes. II eut de nombreux disciples imitant
son mode de vie, mais
n'a jamais fondé d'École. Il était végétarien,
menant une vieascétique.
Parmi ses disciples, on peut citer Musonius et Démétrius
àRome. Des
paroles et sermons attribués àApollonius,
on peut extraire les recommandations suivantes : "De
ne rien posséder et cependant posséder toutes choses." "Accordez-moi,
O dieux, de posséder peu et de ne désirer rien." "Je prie pour que la justice règne, et les lois soient respectées; pour que les sages soient pauvres et les autres riches par des moyens honnêtes." Sur la notion d'entraide entre les hommes, Apollonius un jour montra en exemple un moineau gazouillant, entraînant tous les autres àsa suite. II était venu annoncer aux autres moineaux la présence de grains de blé renversés sur une route, plus loin. Parmi les conseils qu'il donna àVespasien sur la manière d'être un bon roi, on peut relever celui-ci : "Necomptez pour rien 1'argent amassé, en quoi vaut-il plus que le sable amoncelé par le hasard ? Ne comptez pour rien non plus l'argent prélevé par les lourds impôts qui écrasent le peuple : l’or qui vient des larmes est vil et maudit. Mieux qu'aucun roi vous emploierez vos richesses, si vous secourez ceux qui sont dans le besoin, et si vous laissez les riches jouir en paix de leurs biens." Apollonius
glorifiait la sagesse : "Le
sage doit être capable de mourir pour ses idées et la vérité
doit lui être plus chère que la vie". Il répondit un
jour qu'on lui demanda
ce qu'il pensait du fameux dicton : "Connais-toi toi même!"
- "Je crois que l'homme sage
qui se connaît lui-même, et qui vit en
constante communion avec son esprit véritable, qui combat avec cet esprit
àsa droite, ne s'abaissera
jamais aux craintes qui effraient le commun des mortels; et
qu'il n'osera plus commettre ce que la plupart des hommes
commettent sans honte aucune." Apollonius
a écrit de courtes lettres d'après le mode du scytale lacédémonien(2)
dont j'extrais les suivantes : "Il n’est pas possible à l'homme de ne pas commettre d'erreurs, seul un caractère noble reconnaît en avoir commis."(3) "Pythagore
dit que 1'art le plus divin est celui de guérir. Si l’art de guérir est
si divin, il doit s'occuper de l'âme autant que du corps, car nul
être n’est sain, lorsque
ce qu'il y a de supérieur en lui est malade."(4) "Héraclite fut un sage, mais il ne conseilla jamais au peuple d'Éphèse d'effacer la boue par de la boue !"(5) "Si quelqu'un se dit mon disciple, qu'il ne fréquente pas les lieux publics, qu'il ne tue aucun être vivant; qu'il ne mange pas de viande, qu'il soit délivré de 1'envie, de la malignité, de la haine, de la calomnie, du ressentiment, et qu'il ait son nom inscrit parmi les noms de ceux qui ont obtenu la libération."(6) Cette dernière lettre résume la pratique de la sagesse conseillée par Apollonius. On est plus proche du sage, au sens traditionnel, àla recherche d'une vérité intégrant 1'ensemble du mode de vie de 1'être, que du philosophe grec orateur, même si les grecs anciens, à1'exception des sophistes peut-être, tentaient de vivre selon les préceptes qu'ils enseignaient. Pour
Apollonius de Tyane, je ne suis pas sûr qu'il faille lui attribuer
le qualificatif de philosophe, comme 1'a fait G.R.S. Mead dans son
ouvrage, car Apollonius n'a pas écrit une oeuvre philosophique à1'exemple
de Platon ou d'Aristote. Je crains que le sous-titre de Mario Meunier: Le séjour
d'un Dieu parmi les hommes, emprunté
àlabiographie
d'Apollonius par Philostrate ne convienne guère mieux au personnage.
Eugène de Faye, dans : Origène,
sa vie, son oeuvre, sa pensée,décrit
ainsi 1'Apollonius de Philostrate : "Apollonius
représente le philosophe
parfait tel que le rêvaient la plupart des contemporains d'Origène.
Il est tour à tour directeur de conscience comme Sénèque, éducateur
comme Épictète, prédicateur et orateur populaire àla
manière de Dion
de Pruse, ascète et mystique comme 1'a été selon toute vraisemblance,
l'Apollonius véritable"(7). De mon analyse, il semble que ces deux
qualificatifs d'ascète et de mystique peuvent être retenus
au sujet d'Apollonius
de Tyane, auxquels on peut ajouter celui de sage. P.-P.
R. ________________________________________
2 Le scytale était une baguette ou bâton dont on se servait pour écrire les lettres chiffrées. "Autour de ce bâton on enroulait en spirale une bande de parchemin sur laquelle on écrivait le message dans le sens de la longueur. Lorsque la bande était déroulée, le message était inintelligible. Celui qui recevait le message, pour le lire, enroulait la bande sur un bâton exactement de la même grosseur que celui dont on s'était servi pour écrire." (Lexique de Liddel et Scott) De là vient que le nom de scytale fut donné aux messages spartiates, d'un laconisme proverbial. 3 Lettre adressée aux Éphores (magistrats de Sparte). 4
Lettre adressée àCriton. 5
Lettre adressée aux prêtres de Delphes. 6 Lettre adressée àCriton.
APOLLONIUS RENCONTRA LES HOMMES QUI SAVAIENT TOUT
Au premier siècle de notre ère, àla frontière de Babylone, un garde questionna un voyageur grec de belle apparence -« Quels présents apportes-tu ànotre souverain? demanda-t-il. - Toutes
les vertus, répliqua le Grec. -Penses-tu
que notre roi ne les a pas? s'enquit l'officier. -
Il peut les avoir, mais il ne sait pas s'en servir
», répondit hardiment le voyageur
qui s'appelait Apollonius de Tyane. Malgré
1'insolence de ses propos, le voyageur fut autorisé àpasser
la frontière babylonienne,
le garde estimant que le roi pourrait trouver quelque intérêt
àrencontrer
1'excentrique visiteur. Apollonius
était né en Cappadoce vers l’an 4 av. J.-C.Ses
maîtres cessèrent de l'instruire
lorsqu'il eut quatorze ans, àcause
de son intelligence innée. Le jeune garçon,
àseize
ans, prononça les vœux qui le liaient à1'école
de Pythagore et s'attacha
au temple d'Aegae. Sa sagesse et ses réussites médicales
étendirent si vite
sa réputation que l’on disait en Cappadoce aux gens pressés:
« Pourquoitant de hâte?
Courez-vous voir le jeune Apollonius? » Un
prêtre d'Apollon lui apporta un jour une carte gravée sur
cuivre, lui disant qu'elle
indiquait le chemin de la Cité des Dieux. Apollonius fut bientôt
en route vers l’est. A
Mespila (Ninive), un certain Damis lui offrit ses services comme
guide. La biographie du philosophe grec fut écrite, plus tard, par Philostrate
àla
demande de l'impératrice byzantine Domna. Après
de dures étapes qui les menèrent en Inde, les deux voyageurs,
panant des bords du Gange, tournèrent au nord en direction de 1'Himalaya.
Il est àprésumer
qu'ils allèrent au Tibet, car le voyage prit dix-huit jours. Comme
le sage grec et son dévoué compagnon approchaient de 1'Olympe
asiatique, d'étranges
phénomènes commencèrent àse
produire. Le chemin qu'ils empruntaient
s'effaçait derrière eux. Le paysage était mouvant
et il semblait aux voyageurs qu'ils avançaient
dans un site enchanté. Aux
limites de cette région merveilleuse, un jeune garçon vint
àleur
rencontreet s'adressa, en grec,
au philosophe, comme si la venue de celui-ci était attendue.
Apollonius de Tyane fut alors présenté au maître du
pays que Philostrate appelle Iarchas. La
fabuleuse contrée regorgeait de merveilles scientifiques. Il y avait
des puits d'où
sortaient des colonnes de lumière qui s'élevaient dans l’air
comme celles des projecteurs.
Des pierres phosphorescentes illuminaient la ville d'une clarté comparable
àcelle
du jour. Apollonius
et Damis assistèrent àdes
démonstrations de lévitation où leshommes,
sans poids, flottaient en Pair. Quatre automates, tripodes, circulaient dans
la salle à manger, distribuant
nourritures et boissons tandis que les visiteurs
étaient assis àla
table de leur hôte. Le biographe d'Apollonius emprunte àHomère
la description de ces robots qui « mus par l'esprit, roulaient de
place en place autour du lieu béni, se déplaçant d'eux-mêmes,
obéissant au moindre signe
des dieux. » Les
réussites techniques et la supériorité intellectuelle
de cette communauté impressionnèrent
si fort Apollonius qu'il se contenta d'un signe muet d'assentiment
quand le roi Iarchas lui fit remarquer ce fait évident: «
Tu es venu vers les hommes
qui savent tout. » Selon
le philosophe de Tyane, ces savants « vivaient àla
fois sur la terre et en dehors
d'elle. » La remarque a-t-elle un sens littéral ou allégorique?
Si nous l'acceptons àla
lettre il faudrait comprendre que ces peuples étaient en communication
avec d'autres mondes d'autant plus aisément qu'ils avaient maîtrisé la
force de gravité. Cette interprétation permettrait de comprendre
une autre affirmation
de Iarchas: «que l'univers est chose vivante. » Apollonius reçut des adeptes d'Asie une double mission. Il fut chargé, tout d'abord, d'enterrer certains talismans ou aimants dans des lieux qui, àune époque future, prendraient une signification historique. Il devait, de surcroît, rentrer en Occident pour secouer la tyrannie romaine. Le sage grec parvenu àRome sous le règne de Néron, au temps ou les écoles philosophiques étaient en butte aux persécutions, fut promptement traduit devant un tribunal. Lorsque le procureur déroula le manuscrit où étaient consignées les charges contre Apollonius, le juge, stupéfait, constata que le document était vierge! Aucune preuve écrite ne pouvait être retenue contre lui: 1'accusation tombait d'elle-même. Apollonius fut relâché, mais, de ce jour, les autorités romaines furent envahies, àson égard, d'une crainte superstitieuse. Sous
l'empereur Vespasien les choses aillèrent mieux et le philosophe
fut choisi comme conseiller
impérial. Son influence augmenta encore avec Titus qui lui dit:
"En vérité, si j'ai pris Jérusalem, toi, Apollonius,
tu m'as conquis! " Sous
le règne de Domitien, le sage fut accusé d'activités
anti-romaines. Au procès,
Apollonius regarda dédaigneusement 1'empereur qu'il avait connu
tout enfant. Les patriciens,
anxieux, se souvenaient des faits étranges survenus au tribunal
de Néron. Domitien et les juges, pour éviter un échec
public, tentèrent de
se blanchir en retirant quelques-unes des charges imputées à1'accusé
àcondition qu'il fût
cependant condamné. Face
à1'empereur
romain, Apollonius, se drapant dans son manteau, 1'interpella: "Tu
peux détenir mon corps, mais non mon âme, dit-il, et j'ajoute
que mon corps même tu ne le tiens pas! " Sur ces mots,
il disparut dans un éclair que purent voir
des centaines de témoins rassemblés au tribunal. L'histoire
ne mentionne pas la date à laquelle
mourut le philosophe. La
présenced'Apollonius,
alors centenaire, est attestée àÉphèse,
puis les chroniqueurs perdent la trace de ce personnage hors série. Le
séjour du sage de Tyane en Asie où il s'instruisit aux pieds
de ceux « quisavaient
tout» est d'un grand intérêt historique. Apparemment,
nos robots ne sont pas
nouveaux si des automates servirent Apollonius et Damis dans le palais
de Iarchas. L'antigravitation était utilisée par ceux qui
pouvaient àleur gré
s'élever et planer dans les airs. D'après le récit,
le paysage était mouvant quand
les voyageurs arrivèrent dans les parages de la secrète demeure
tibétaine. Les vagues
lumineuses ondulatoires relèvent plus de la science-fiction que de
la science proprement dite, mais le phénomène pourrait expliquer
les scènes qui
se passèrent aux abords du Tibet et la disparition du philosophe
grec au tribunal de Domitien.
La brillante clarté qui provenait des puits et des pierres était
peut-être produite par 1'électricité ou quelque autre
source d'énergie. Personne
n'a le droit de rejeter sans examen le témoignage de Philostrate
qui recourut, àByzance,
àde nombreux documents
pour rédiger la biographie d'Apollonius.
Pas plus que ne sont contestables les écrits des auteurs de 1'Antiquité
comme Hérodote, Virgile, Plutarque et tant d'autres. Apollonius
de Tyane fut si vénéré
que Septime Sévère, maître de 1'empire romain de 193
à211 de notre ère,
conservait une statue du philosophe grec dans une chasse qui abritait
également Jésus et Orphée. "Nous
ne sommes pas les Premiers"
APOLLONIUS A GENEVE
Le chemin nous est inconnu qu'Apollonius parcourt pour arriver à Genève après son séjour en Espagne. Sa présence, en cette ville, figure dans la relation de ses voyages et, un commentaire indique une promenade qu'il effectue au bord du lac. Distrait, ou entièrement absorbé par sa méditation, il ne voit pas la masse d'eau qui s'étend à ses pieds et s'enquiert, par la suite, de l'endroit où se trouve le lac. Genève, ville consacrée au culte celtique, honorait alors le Soleil dans un temple à lui dédié, situé à l'emplacement où s'élève, aujourd'hui, la cathédrale. A cet endroit, dit-on, Apollonius inspira une dédicace gravée sur une dalle proche du temple solaire. Il
est passionnant d'imaginer que sa découverte serait un jour possible
et qu'elle livrerait son secret à d'heureux chercheurs. La marque
perdue relève bien du symbolisme maçonnique.
LE NYCTHEMERON D'APOLLONIUS DE TYANE
Le
Nycthéméron, d'Apollonius de Tyane, dont titre peut être
traduit ainsi : " Le Jour
de Dieu qui luit dans les ténèbres», le Dieu qui gît
prisonnier dans notre microcosme.
Ce « Jour »
est divisé en douze « Heures», douze échelons,
douze étapes.
Chaque « heure » contient des indications concrètes
qui font bien comprendre la
manière dont le Jour de Dieu peut être réalisé
par chaque candidat. En
bref, c'est une méthode, un chemin de parfaite délivrance.
LES DOUZE HEURES DU NYCTHEMERON
LE NYCTHEMERON d'APOLLONIUS DE TYANE EXPLIQUE
PAR J. VAN RIJCKENBORGH 1982 - HAARLEM - ROZEKRUIS PERS - PAYS-BAS Traduit du néerlandais: "Het Nuctemeron van Apollonius van Tyana" Première
édition néerlandaise 1968
COMMENTAIRE MAÇONNIQUE A PROPOS D'APOLLONIUS
Les lettres d'Apollonius reflètent le souci de perfection qu'il poursuit durant son existence entière. Leur étude permet d'y retrouver l'illustration de notre devise "LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ". Notre code maçonnique actuel apparaît en filigrane dans les enseignements et les actes d'Apollonius. Pythagore est présent dans tous nos temples. La chaîne d'union, le silence de nos apprentis, le respect d'autrui, la tolérance, pour ne citer que quelques-unes de nos plus nobles aspirations, s'inspirant directement de l'esprit du Philosophe. La Tétrade lui est familière et, à l'enseignement qu'il reçoit des Brahmanes, il ajoute celui de l'Ether. Il enseigne qu'il est essentiel d'être fidèle à son idéal et, il recommande souvent à ses semblables de ne point juger autrui... Son mode de vie est celui d'un Initié, d'un être supérieur, qui sait, cependant, vivre dans le monde et au milieu des hommes. Il démontre ainsi la faculté d'appliquer la théorie philosophique à la pratique. Apollonius est un modèle, mais de dimensions humaines, et rien de ce qu'il enseigna ne peut nous paraître étranger. De ce fait, tout Maçon doit être ce que fut Apollonius, ou, à défaut, tout Maçon doit essayer de devenir ce que fut Apollonius. Désormais, Apollonius de Tyane nous est plus familier. Ce qui précède nous permet de l'apprécier et de comprendre la valeur de son exemple. Souhaitons,
qu'un jour, de nouvelles recherches soient entreprises afin de mieux connaître
encore le Philosophe. Ce travail permettrait alors de poursuivre plus avant
l'étude des commentaires et d'apporter certains éclaircissements
qui intéressent les Frères de notre Atelier.
RÉFÉRENCES ET LISTES DES SOURCES CONNUESCONCERNANT APOLLONIUS DE TYANE
Les recherches que nous avons entreprises seront, nous l'espérons, reprises et approfondies par un autre Maçon. Dans cette
perspective, nous donnons, ci-dessous, la liste des références
qui nous sont connues et qui traitent du Philosophe, de son histoire, de
son enseignement et de ses contemporains.
BIOGRAPHIE D'APOLLONIUS SELON PHILOSTRATE
Ce qui retient surtout notre attention dans la vie d'Apollonius, ce sont ses doctrines, l'évolution religieuse à laquelle il est mêlé et l'esprit de son temps. De ce dernier point de vue, les miracles dont il est si libéralement gratifié dans Philostrate, ne doivent pas être négligés. Les païens n'y croyaient pas seuls, tout nous l'atteste, mais les chrétiens aussi, quand il leur fut opposé (ce qui n'eut lieu qu'au temps de Dioclétien, lorsque Hiérocles écrivit contre eux son livre). Ce livre est intitulé: l'Ami de la vérité, adressé aux chrétiens par Hiérocles, gouverneur de Bithynie. Jésus-Christ y est représenté comme un voleur de grands chemins qui infestait la Judée avec neuf cents brigands. Les miracles d'Apollonius de Tyane sont déclarés bien supérieurs à ceux que les chrétiens attribuent au fondateur de leur secte. Les chrétiens ne refusent pas d'admettre qu'il en eût fait; ils se contentent d'attribuer ceux qu'ils ne nient pas à l'art de la magie ou à l'influence des mauvais esprits. Parmi les plus remarquables de ses miracles, nous citerons: La Fontaine du secret - le criminel découvert - le don de connaissance de toutes les langues - sa lutte contre une empuse - les onagres - ses dons de divination - de double vue - sa prédiction au sujet de Néron - sa victoire sur le démon de la peste - sa chasse aux démons - ses dons de magie. Il rend la vie, miraculeusement, à une jeune fille décédée, sauve par sa clairvoyance un condamné à mort, devine l'emplacement d'un trésor fabuleux. Il possède le don de disparaître et de réapparaître, ainsi que la faculté de bilocation. Entouré de ses disciples, il annonce la mort de Domitien, survenue très loin de là. Enfin, après sa mort, son ombre apparaît à plusieurs de ses disciples. Sa présence et la force de son enseignement en font, ce qu'il n'est pas exagéré de dénommer, la dernière idole du paganisme. La tolérance et la modération d'Apollonius apparaissent à chaque instant dans sa vie et il les porte dans des choses diverses. Il laisse son Maître, Euxène vivre en véritable épicurien avec la fortune qu'il lui donne. Il n'impose pas à ses disciples le régime qu'il observe lui-même et, s'il cherche la perfection à sa manière, il laisse les autres la chercher par des voies différentes. Il ne pense pas non plus qu'il convienne à un roi de poursuivre la voie de la sagesse à l'instar d'un simple particulier; il fait la part des diverses conditions et évalue le devoir à la possibilité de le remplir et aux impératifs des convenances sociales. Il considère la terre entière comme une seule Patrie et tous les hommes comme des frères. Il recherche la longue chaîne de la tradition qui relie les hommes à travers tous les temps. Après avoir étudié la grammaire et la rhétorique avec Euthydème, il pénètre le système pythagoricien grâce à l'enseignement d'Euxène. La richesse de cette doctrine lui laisse entrevoir la Voie Royale. Afin de s'y mieux consacrer, il décide de se mettre à l |